NATHALIE MICAS
cercueil. Oh ! ces terribles heures. Je ne saurais vous dépeindre mon désespoir. De touchantes sympathies ont tout fait cependant pour apaiser ma douleur, et, parmi les femmes qui m'ont entourée de leurs consolations, la duchesse Alexandrine de Cobourg est de celles auxquelles je garde le plus de reconnaissance. Elle avait compris que deux femmes peuvent sentir l’une pour l'autre le charme d’une amitié vive et passionnée, sans que rien n'en altère la pureté.
Lisez ce qu’elle m’écrivait peu de jours après la mort de Nathalie :
Schlotz Kallenberg, près Cobourg, 25 juin 1889.
Ma bien chère et malheureuse amie,
C’est avec un cri de détresse que je lus les premiers mots de votre triste lettre si peu prévue ! Cet affreux malheur me semblait impossible et je ne puis vous dire combien j’en suis désolée et accablée ! Vous savez avec quelle respectueuse tendresse je l’aimais et combien mon cœur éprouvait de reconnaissance pour tout l’intérêt amical qu’elle ne cessait de me témoigner et dont j’étais si heureuse. En vous quittant, j’emportais tous ces précieux souvenirs
et le meilleur espoir de vous revoir avec elle ! Et maintenant, tout est fini
pour ce monde Vous restez seule, isolée, sans ce fidèle cœur qu’aucun autre
ne peut vous remplacer !
Votre amie chérie était votre plus précieux trésor, l’âme de votre âme, et je ne pouvais vous séparer ni dans mon souvenir, ni dans mon amitié pleine de vénération et de reconnaissance pour vous, comme pour elle !
Je comprends et je partage toute l’immensité de votre profonde et cruelle douleur, d’une douleur qui ne peut plus vous quitter, ayant brisé tout le bonheur, tout le charme de votre existence. Mes pensées ne vous quittent pas et vous accompagnent dans toutes ces affreuses angoisses qui se suivirent du moment où vous saviez que vous deviez la perdre, jusqu’à celui où ses restes chéris vous furent enlevés, pour ne plus les revoir.
Combien vous avez dù souffrir pendant tous ces jours de désolation. Et maintenant, c’est un morne silence qui ne répond plus ni à vos larmes amères, ni à vos cris de douleur.
Cette voix chérie, ce regard si tendre, ils sont muets et éteints
O mon Dieu ! comment pourrez-vous supporter cette affreuse et irréparable perte, cet isolement accablant, ce complet déchirement d’une vie mutuelle, qui me paraissait l’idéal d’un bonheur terrestre !
Je connais bien l’énergie de votre grand cœur qui, en pensant à accomplir les vœux de votre amie, apprendra avec le temps à continuer une vie si riche et noble par votre génie qu’elle aimait et admirait tant. Cette chère et noble âme ne nous est pas perdue dans l’Eternité et son bien-aimé souvenir vit dans mon cœur inséparable du vôtre. Que Dieu vous bénisse, ma chère et vénérée amie, qui, au milieu de votre plus grand malheur, avez encore pensé à
Votre bien triste et si dévouée amie,
Alexandrine.
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