‹ Rosa Bonheur; sa vie, son œuvreChapitre 175 sur 220 · LE LION CHEZ LUI ( I 8 8 I ) , PAR ROSA BONHEUR · texte numérisé non relu

LE LION CHEZ LUI ( I 8 8 I ) , PAR ROSA BONHEUR

1) après une gravure de W . H. Simmons et T. L. Atkinson, éditée par Lefèvre et fils, à Londres.

quelques années à vivre ensemble, Anna. Je désire qu'ensuite vous continuiez à travailler là où j'ai travaillé moi-même. Nathalie aurait été ma légataire universelle si je n’avais été la sienne. Je veux qu’il en soit de même pour vous.

Je vous charge de conserver cette propriété dans laquelle j'ai connu tant de succès et de gloire, et où, vous le savez, j’ai été entourée d'afî'ections si sincères. Si je m’avisais de la laisser à mes neveux, bientôt il ne resterait plus rien des objets qui me sont chers. N’est-ce pas dans ces murs que j’ai passé tant d’années consacrées au travail et à l’amitié ? Partout ici je vois des traces de cette période heureuse de mon existence.

Si j'appelle mon atelier mon « sanctuaire », c'est parce que tout m’y rappelle un souvenir cher à mon cœur. Les cornes et les bois qui sont accrochés aux murs ornaient les têtes de moutons, de cerfs, de bœufs, qui m’ont autrefois servi de modèles. Ces animaux ont vécu avec moi, ils ont été mes amis, je les ai dessinés sous leurs différents aspects. Les têtes de chevaux portent encore des caparaçons et des harnais achetés aux Pyrénées dans mes voyages avec Nathalie.

Sur ma table de travail s’est appuyée la main de l’impératrice

Lugénie, le jour où elle m’a épinglé le ruban rouge à la poitrine.

Sur ma chaise longue, le président Carnot s’est assis, lorsqu’il

me fit l’honneur d’une visite. Plus qu’auparavant j’aime à m’y reposer et à revivre en silence cette journée

Si la Providence ne nous avait pas réunies, j’aurais continué à vivre dans ma solitude, mais petit à petit j'aurais distribué tout ce qui m'appartient. Du reste, j'avais déjà commencé avant votre arrivée. Le potager qui est à côté appartenait à Nathalie; je l’ai donné à Mme Gauthier, sans attendre l’heure de la mort pour faire cette libéralité. Vous voyez par là que je n'hésiterais en aucune manière à me dépouiller de mon vivant.

Dites à votre famille que si la mienne parvenait à vous

séparer de moi, je m’arrangerais de telle façon qu’elle ne bénéficierait aucunement de votre départ.

Je vous expose tout cela, pour que vous compreniez que je me considère comme absolument libre de disposer de ce qui m'appartient, sans autre considération que celle de ma conscience. Ce n'est pas seulement par affection pour vous, c’est en souvenir de Nathalie que je vous donne ce que nous appelions le domaine de la Parfaite Amitié.

Voici une montre de ma bonne mère Micas et une chaîne de son

mari. Cette petite bague, Nathalie aimait a la porter. Prenez ces objets, je désire qu'ils vous rappellent mes amis.

Je \ ous donne aussi la chambre de Nathalie avec tousses souvenirs : \ i\ ez-y heureuse, mais quand arrivera le moment de la séparation suprême, alors \ous me lerez porter sur son lit. Et vous resterez auprès

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