‹ Rosa Bonheur; sa vie, son œuvreChapitre 18 sur 220 · UN INDIEN DE B U F F A L O - B 1 1. L · texte numérisé non relu

UN INDIEN DE B U F F A L O - B 1 1. L

Esquisse de Rosa Bonheur. . . . . . . . ,

aussi la plus vive admiration. L était mon ambition de me perfectionner dans cet art délicieux du pastel, dont j'avais pu, en différents essais, apprécier tout à l’aise la difficulté.

plus grand intérêt à ses travaux, et

Par malheur, ma présomption juvénile n’avait négligé qu'une chose, capitale cependant, à savoir que M. Thévenot ne prenait pas d'élèves; ma déception fut grande lorsqu’on m’en informa.

Faute de mieux, je résolus de retourner à l’Académie Julian, et je louai un atelier dans l’intention d'y préparer, durant l'hiver, un tableau pour le Salon de 1896. Je n’oubliai pas non plus l’illustre femme dont les lettres m'avaient, à plusieurs reprises, apporté par delà l’Océan le témoignage d'une pensée toujours affectueuse. Diverses circonstances, entre autres la mort de son amie, Mme Carvalho. qui l'affligea beaucoup, m'empêchèrent d’aller à By avant le milieu de l’automne; ma mère m’y accompagna comme la fois précédente, il y avait quatre ans déjà.

A peine avions-nous pris pied sur le quai de la gare de Moret, qu’une manière de vieux monsieur qui était là s'approcha de nous et m’embrassa brusquement. J'eus un mouvement de recul vite réprimé, car j'avais reconnu Rosa Bonheur; la surprise de ma mère avait été plus vive, et je crois bien qu'elle fut sur le point de protester contre une telle agression. Nous en rimes bien vite. Quelques minutes plus tard, nous étions dans la voiture, et Rosa Bonheur, riant encore, s’écriait :

Quelle mine vous avez faite, ma chère Miss Aiina. lorsque, devant les employés, je vous ai pressée sur mon vieux cœur !

A cela je répondis qu’en Amérique nous n'étions pas habituées aux démonstrations sentimentales sur la voie publique.

— Je le sais fort bien, fit-elle, aussi ai-je voulu vous intriguer un peu par cette petite farce de rapin ; c’est la preuve, au reste, du grand plaisir que j’ai à vous revoir. Ft vous, chère madame, m'avez-vous reconnue ?

— Non, je l'avoue, dit ma mère, et j'ai failli m’indigner. Mes yeux, fort heureusement, sont tombés sur vos pieds si petits, si élégamment chaussés, et qui ne sauraient appartenir qu'à une femme.

— J’ai toujours eu cette coquetterie, en effet, et cela m'a souvent trahie pendant mes heures de travail en forêt. Depuis que je vis seule, le costume que je porte m'est néanmoins une grande protection.

Cet accueil à la gare, le déjeuner qui suivit, furent pour ma mère et pour moi l'assurance que les sentiments de Rosa Bonheur à notre égard étaient demeurés, malgré une absence de quatre années, aussi affectueux qu’au jour où elle nous avait renvoyées les bras chargés de ses études et de ses fleurs. Dans l’après-midi, nous fîmes la visite obligée au « sanctuaire ». Un chevalet s'y dressait, portant une grande toile à moitié achevée.

— Vous me voyez en train de représenter un combat célèbre dans

les annales du stud-book britannique. Le cheval blanc n'est autre que Godolphin Arabian, l’ancêtre de toute une lignée de grands étalons anglais. Mais vous savez peut-être son histoire ? Eugène Sue l'a contée

et beaucoup d’autres après lui Vous ne la connaissez pas? elle est

fort curieuse. Ce cheval avait été offert à Louis XV par le bey de Tunis. Selon le goût du temps, le roi n’aimait que les chevaux courts et ramassés. Nul ne s'intéressa à ce barbe, qui bientôt lut vendu par les officiers des écuries royales et employé à traîner des voitures dans les rues de Paris.

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