ÉTUDE POUR « LE DUEL
(Musée iiu Luxembourg. — Don Rosa Bonheur.)
Un jour, rue Dauphine, il s'abattit sur le pavé et attira ainsi l'attention d’un Anglais qui passait. C’était un certain Cook, qui se connaissait en chevaux. Il observa que cet animal valait mieux que la vile besogne à laquelle il était assujetti, l’acheta et l'emmena en Angleterre, où il le céda à Lord Godolphin, qui l'envoya à son haras.
La jument blanche que vous voyez dans le fond s'appelait Roxana : elle était destinée à Hobgoblin, l’étalon noir qui est aux prises avec l'arabe, car ce fut un combat acharné entre les deux rivaux qui décida du sort de cette belle Hélène. Godolphin Arabian sortit vainqueur du duel.
Un heureux hasard m’a mis entre les mains une vieille gravure de
Stubbs, publiée à Londres en 1794, qui m'a permis de tracer un portrait authentique de ce héros équestre. Quand on fait de l'histoire, il faut que tout soit exact, et je ne recule jamais devant un sacrifice pour me procurer les documents dont j'ai besoin.
Se tournant alors vers moi, et sur un ton où il y avait bien un peu de reproche :
— Je suis loin d’avoir eu autant de chance pour l'herbe aux bisons. Comment, ma chère Miss Anna, nous vous faites photographier au milieu de la Prairie, et, alors que vous n'avez qu'à vous baisser pour cueillir à pleines mains des touffes toutes fraîches, vous m’envoyez quelques brindilles fannées et tirées d'un herbier.
— Je n'ai malheureusement jamais été dans la Prairie, répondis-je; aucun train ne s’y arrête. La jeune missionnaire qui m’a donné la photographie que je vous ai envoyée me ressemble physiquement sans
doute le ne dis pas que vous me prenez pour une autre, mais vous
avez certainement pris une autre pour moi
— J'ai pourtant bien cru reconnaître, sous le chapeau à larges bords, le bout de votre grand nez, fit-elle en s’excusant.
Lt la bonne artiste de m'accabler de ses questions sur ma vie durant les années que je venais de passer en Amérique, sur les relations que je m’étais créées, sur mes travaux. Je lui montrai quelques photographies de portraits que j’avais faits à Boston. « C'est vivant! quelle est cette dame? » s’écria-t-elle devant celui de Mme Nancy Foster. Je lui fis connaître en quelques mots cette remarquable personnalité féminine et féministe, à laquelle l’Université de Chicago est redevable d'un pavillon, spécialement construit pour les jeunes filles des cours supérieurs.
— Vous trouvez toujours, en Amérique, des âmes généreuses, prêtes à se dévouer pour l’instruction et l’émancipation de la femme. N otre nation devient grande, parce qu’elle comprend que ses filles, une fois mariées, exerceront une influence sans pareille sur l'éducation de leurs enfants.
Avant de prendre congé de Rosa Bonheur, je lui demandai de vouloir bien m’appuyer près de M. Thévenot.
— Ce serait avec grand plaisir, mais je ne le connais pas du tout. Je conçois votre enthousiasme pour son talent, que j’apprécie encore plus depuis que moi-même je me suis mise au pastel. Cela m’amuse, bien que le métier soit assez sale.
Quelques semaines plus tard, je lis de nouveau le voyage de By, pour présenter à Rosa Bonheur Miss Sophie Walker, de Boston, dont j avais peint le portrait pendant mon séjour en cette ville et qui désirait