‹ Rosa Bonheur; sa vie, son œuvreChapitre 190 sur 220 · EST UNE AFFECTION DIVINE · texte numérisé non relu

EST UNE AFFECTION DIVINE

A ce moment de notre entretien, la blanche chevelure de Rosa Bonheur se trouvait illuminée d’un rayon de soleil qui traversait l'atelier.

— Laissez-moi vous bénir, dit-elle.

Je m’agenouillai, les paupières pleines de larmes. La noble femme mit ses deux mains sur ma tête, et de ses lèvres tombèrent ces paroles :

— Je prie Dieu que mon Anna soit heureuse ici-bas et que plus tard nous soyons réunies pour toujours dans un monde meilleur.

Elle me releva, pour me presser longuement dans ses bras, en même temps qu'elle murmurait :

— Lorsque je serai sur le point de rejoindre ma mère et Nathalie, n’oubliez pas que je désire que ma tête repose sur votre épaule pour m'endormir dans l’éternité !

Ces lugubres propos m’avaient douloureusement impressionnée ; il semblait que Rosa Bonheur, bien qu elle fût en bonne santé, aussi alerte et d’un esprit aussi vif qu'à l'habitude; eût reçu un secret avertissement de sa fin prochaine, encore qu'il n'y en eût aucun signe avant-coureur. Hélas ! jamais pressentiment n’aurait été mieux justifié, puisque cinq jours à peine devaient s’écouler entre cette scène émouvante et le moment où l'âme de ma noble amie irait rejoindre celles de sa mère et

de sa chère Nathalie ! La tâche me semble bien lourde de donner

le récit de ces lamentables journées.

C’était le samedi 20 mai, au lendemain de l'entretien que je viens de conter et à la veille de la Pentecôte. Deux de mes sœurs étaient venues passer les fêtes avec nous, et ma mère était à By depuis plusieurs semaines déjà. Depuis quelque temps, elle était en butte à certaines instances de Rosa Bonheur qui essayait de la décider à venir elle aussi vivre au château, pour y prendre la place que remplissait si bien jadis la bonne mère Micas. Le rêve de l'illustre femme était de reconstituer autour d'elle cette vie familiale dont elle avait été privée pendant neuf années et vers laquelle aspiraient toutes les forces de son cœur.

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