RO SA BON II RU R
anglais, américains ou allemands. Nous parlions d’art, bien entendu : c’était, par la force des choses, l’objet le plus fréquent de nos préoccupations, mais nous nous entretenions aussi de sa vie déjà longue, de ses amis, de ses voyages : elle contait volontiers, et de façon parfois très plaisante, de piquantes anecdotes; elle abordait aussi les sujets les plus graves, ceux touchant la morale et la religion.
— Je sais que vous êtes protestante, me disait-elle, mais les désaccords qui existent entre votre religion et la mienne n'ont, aux yeux des gens éclairés, qu'une importance secondaire. Cependant, je proteste contre certaines pratiques en usage dans mon pays; je n'ai jamais pu admettre qu'on puisse se faire pardonner ses péchés par l’absolution d’un prêtre, en achetant des indulgences ou en brûlant des cierges. Je crois
en la justice de Dieu, si ce n'est pas en ce monde, c'est dans l’autre
Savez-vous qu'on a voulu autrefois me faire entrer dans un couvent?
Je crois qu'on peut faire du bien à l'humanité, ajoutait-elle en forme de conclusion, sans se prosterner perpétuellement devant l'autel. Celui qui se sent ému lorsqu’il contemple la nature éprouve un sentiment de vraie religion.
Quel que fut l’intérêt des propos de Rosa Bonheur, il m'arrivait parfois, je l'avoue, d'en être un peu distraite par une préoccupation de tout autre nature, l'observation de sa physionomie; le jeu en reflétait si merveilleusement et si spirituellement les impressions, que de suivre en ceci les conseils de M. Jules Lefebvre me causait un plaisir véritable.