S A N G L I K R S , PAR ROSA U O N H K U R
D'aprcs une gravure d’A. Gilbert, éditée par L.-H. Lefèvre.
bien aimable d'aller demain à l'enterrement, pour me remplacer. Oh ! ce bonM. Allongé ! il n'avait que soixante-cinq ans ; il n'était pas vieux ! Je l'aimais et je l'estimais beaucoup.
Avec une touchante émotion, elle me parla alors de la bonne et franche camaraderie qui les unissait et des jours de travail passés ensemble sous les grands chênes, près de la Mare aux Fées.
Après le dîner, nous nous sommes promenées dans le jardin; l'air était doux, mais Rosa Bonheur paraissait fort triste. Pour la distraire, je lui ai raconté des charges d'atelier. Le cours de la conversation m'a amenée naturellement à lui parler de M. Julian et de l'ambition qu'il avait pour ses élèves-femmes de les voir disputer aux hommes les premières places dans les concours, des conseils qu'il leur donnait de savoir écouter sans larmes les observations des professeurs, et de marcher autant qu elles le pourraient sur les traces de leurs glorieuses aînées, les Mme Lebrun, les Angelica Kaufîmann, les Rosa Bonheur, ces héroïnes de l'art, dont leur sexe devait se montrer lier. Tandis que je parlais, la vieille artiste dissimulait mal le plaisir qu elle avait à m'entendre :
— M. Julian, dit-elle enfin, comprend qu'avec de la volonté et de la persévérance, la femme peut fort bien égaler l'homme dans les sciences et dans les arts.
Jeudi, 7 juillet.
Hier soir, à dîner, nous avons mangé des amandes. L'une d'elles était double.
— C'est une philippine, lit Posa Bonheur, tâchez de la gagner et vous aurez une longue séance. Mais que me donnerez-vous si c'est moi qui la gagne ?
— J’avoue que je ne pourrai pas vous offrir deux ours blancs, comme l'a fait, il y a quelques années, un grand-duc de Russie.
— Ces deux ours blancs ne sont malheureusement que deux canards inventés par des journalistes.
— C'est dommage que cette jolie anecdote ne soit pas vraie. Fh bien, si vous gagnez, je tâcherai de vous faire envoyer de San-Francisco tout au moins un jeune bison des Prairies du Far- West.
— J'y consens de grand cœur; mais alors vous n’oublierez pas d’y joindre les maudites herbes.
— Je ne comprends vraiment pas pourquoi vous ne les avez jamais reçues. Sans doute les employés de la station de Yeno m'ont-ils prise pour une toquée et ont jeté mon paquet d'orties au vent, au lieu de n ous 1 expédier.
— A moins, objecta Rosa Bonheur, qu'ici la douane ne les ait arrêtées au passage, comme elle l a fait des bœufs qu'on m'avait expédiés d'Ecosse1 à la suite de mon voyage en ce pays. Les hommes qui gouvernent ont parfois de singulières fantaisies.
.le m'étais endormie avec l'idée de gagner la philippine, et déjà je voyais mon portrait achevé et recevant les éloges de M. Tony Robert- Fleury et de M. Jules Lefebvre. Le matin, j'y pensais encore; mais, au