LES DEMOISELLES A MARIER
Croquis de Rosa Bonheur.
ford, i3 (1841), mais il s'était auparavant produit un grand changement chez nous. Mon père, qui semblait tourmenté d’une grave préoccupation, me regardait parfois d une façon qui m’intriguait. Souvent aussi, à la nuit tombante, il m’emmenait avec lui dans la ville et s’arrêtait toujours devant la même maison; là, il attendait patiemment qu’une jeune femme en sortît. A peine avait-elle paru, qu’il lui prenait le bras, et tous deux se promenaient de long en large pendant plus d une heure.
J’aurais bien désiré savoir ce qu’ils disaient, je n’osais m’approcher cependant et je restais à une distance si respectueuse que je ne pouvais rien entendre.
Je ne m’amusais guère, et pour distraire mon ennui, j’en étais réduite à aller sous un réverbère observer les papillons qui, attirés par la lumière, venaient se précipiter dans la flamme. Ces pauvres petits
insectes, il en est qui tombaient morts devant moi ; pour éviter qu'ils ne fussent écrasés par les pieds des passants, je les ramassais, j’en remplissais ma poche, puis, arrivée à la maison, je mettais les petits cadavres dans une boîte en carton qui leur servait de tombeau.
Certain soir, mon père me fit pénétrer sous la porte cochère aux alentours de laquelle nous avions monté la garde si souvent. II me fit