CROQUIS HUMORISTIQUE DE ROSA BONHEUR
(M. Bourges, marchand de tableaux, et son pot-au-feu.)
d'autant mon père. M. Micas, par contre, désapprouvait tout a lait un tel arrangement; c est que, avec une perspicacité remarquable, il escomptait pour moi un autre avenir que celui de maîtresse de dessin. Le temps que je consacrais à enseigner à mes frères et sœur ce que je savais déjà lui eût paru beaucoup mieux employé a me perfectionner dans mon art, aussi conseillait-il à mon père de louer un atelier où je travaillerais seule et où, par conséquent, je pourrais donner libre cours à mes inspirations.
Mon père objectait la dépense, question toujours capitale chez nous, mais qui n empêcha pas la bonne mère Micas de se mettre en campagne et, après de persévérantes recherches, de me dénicher un local dans une grande caserne artistique de la rue de 1 Ouest, 56. Cet atelier semblait tait
exprès pour moi; le prix en était si modéré que mon père dut renoncer à faire aucune objection. N'était-ce pas moi, du reste, qui faisais bouillir la marmite à la maison ; la vente de mes tableaux devait suffire à peu près à tout. Oh ! je ne regardais pas au prix de mes toiles; j'étais bien heureuse de prendre tout ce qu'on m'offrait, et je faisais des tableaux pour trois cents francs, sauf à me rattraper sur la quantité, car il me fallait de l'argent pour venir en aide à mon cher père que je savais atteint de la maladie de cœur qui devait l'emporter quelques années plus tard ?