XXXII NOTICE
verrue , dit notre bistorien , je me suis imaginé que tous gens susceptibles ont ainsi quelque infirmité physique ou morale, quelque verrue occulte ou visible , qui les prédis— pose à se croire moqués de leur prochain. » Chez quelques-uas , par une variété de la maladie, au lieu de se croire moquée, la verrue se flatte d'être admirée, elle se rengorge. C'est cette infirmité dans les deux sens que M. Tôpffer appelle, pour abréger, le bourgeon , le faible de vanité d'un chacun ; il déduit très bien cela. Il y voit avec raison le germe de bien des travers et de bien des maux ; être et paraître; c'est à l'écraser et à l'extirper, ce besoin de faire effet , qu'il croît que consiste le plus fort de la morale : a Chose singulière ! au delà de certaines limites, l'effort tourne contre vous; en voulant extirper le bourgeon , c'est un bourgeon que vous reformez à côté ; vous dites : Je puis me flatter que je n'ai plus de vanité , et ceci même est une vanité. Aussi , ajoute-t-il , ne pouvant tout faire , j'ai pourvu au plus pressé. Je lui laisse pour amusette mes tableaux , mes livres , en lui interdisant toutefois les préfaces, bien qu'il m'en conseille à chaque fois ; mais il est de plus sérieuses choses que j'ai mises à l'abri de ses atteintes : ce sont mes amitiés d'abord... » Ensuite ce sont ses plaisirs , ses jouissances saines d'homme naturel , d'artiste , le dîner du dimanche sous la treille, le coudoiement du peuple , la source perpétuelle de l'observation vive. « Sous ces feuillages je retrouvais, dit-il, les jeux charmants de l'ombre et de la lumière , des groupes animés » pittoresques , et cette figure humaine où se peignent sous mille traits la joie, l'ivresse , la paix , les longs soucis, l'enfantine gaité ou la pudique réserve. » Jean-Jacques sentait de même , pauvre grand homme tant dévoré du boui^eon! L'aut eur de Jules pratique à la Jean-Jacques et à moins de
SUB M. TÔPFFER. XX Mil
fnis la nalore et fa foule; il y recueille, chemin faisant, une quantité de petits tableaux, qu'il nous rend au vif et qui ont la transparence d*un Teniers on d*un Ostado. En voulez- TOUS on échantillon : « A droite, c'est la fontaine où tiennent cour autour de l'eau bleue serrantes , mitrons, valets , commères. On s'y dit douceurs an murmure de la seille qui s'emplit.. » Rien que ces quelques mots ainsi jetés , familiers et envieillis, n*est-ce pas déjà harmonie et couleur?
Mais le véritable chef-d'œuvre de M. Tôpffer, et que j'ai exprès réservé jusqu'ici, me paraît être le premier hvre du Presbytère. Je dis le premier livre uniquement, parce qu'il a d'abord été publié à part , parce qu'il fait un tout complet , parce qu'il né nous donne du sujet que la fleur, et que c'est précisément cette^Iét^r qui était en question et que l'on contestait à la littérature de Genève. Les livres suivants ont grand mérite encore et intérêt, comme nous le devons dire; mais on s'y enfonce dans le terroir, et ce n'est pas notre affaire , à nous lecteurs toujours pressés et légers.
Genève et la Suisse sont la patrie moderne de l'idylle; au pied des grands monts , dans ces petits jardins un peu pom* pennés , on l'y pratique journellement , et cela même était une raison peut-être pour qu'on n'en écrivît point de distinguées. Ce qu'on est en train de pratiquer et de vivre, on ne l'idéalise guère. 11 faut être un peu à distance de son modèle pour le peindre. C'est toujours l'histoire de ces amants qui aiment trop pour pouvoir dire. Quoi qu'il en soit , voilà nne idylle véritable , née du pays, fille du Salève , et digne de se placer modestement à la suite de toutes celles qui ont fleuri , depuis Nausteaa , la première de toutes et la plus divine » JQsqn'à Hermann et Dorothée.
Charles est auprès d'une mare, à midi, couché, à con^