XXXIV NOTICE
tcmpler trois graves personnages paisibles, trois canards en* clormis et bienheureux. Un malin désir le prend, il lance une pierre dans la mare et réveille du coup les trois beureui troublés. Lui-même, dans sa vie, il va éprouver quel([ue chose de semblable. Charles rêve, il rêye beaucoup plus depuis quelque temps ; il aime Louise, la fille du chantre, et s*il eu croit de cbers indices, une main donnée et oubliée dans la sienne à une certaine descente de montagne, Louise tout bas le lui rend. Mais le chantre est un hoouue dur, sévère, impitoyable. Un mot de lui, jeté en un moment de cdère, a cruellement appris ^ Charles qu*il est un enfant trouvé. Le pauvre enfant ne s*en était pas douté jusque-l^, tant M. Prévère, le digne pasteur, avait été pour lui un boA père* Enfant trouvé, peut-il donc prétendre à la maio de Louise ? C'est ce jour même où Charles rêve près de la mare, et où il YicQt de troubler les canards avec sa pierre, c'est ce jour-là que Torage va éclater. M. Prévère paraît à la fenêtre de la cure d'un air pensif; il a résolu d'éloigner Charles pour quelques années, de l'envoyer à la ville chez un ami près de qui le jeune homme pourra continuer ses études et se préparer, si Die\\ le permet, aux fonctions du ministère. Avant qu'il ait appelé Charles pour lui signifier )e départ, celui-ci, qui semble atoir le pressentiment de quelque explication, s'est dérobé de dessous les yeux de M. Prévère, à la suite de son autre ami le bon chien Dourak, arrivé là tout à propos. En s'approchant du mur qui soutient la terrasse de la cure , à quelques pas de la mare, sous un creux de buisson, il aperçoit le chantre en personne, faisant la sieste et tout au long étendu. Une lettre à demi ploy^e sort de sa poche; Charles l'a remarquée; une lettre |... De qui cette lettre ? Lui-même il ai depuis six mois, ses poi^hes remplies
SUB M. TÔPFFER. XXXV
de lettres qu'il écrit sans cesse et qull relit solitaire, sans jamais oser les remettre. Si Louise avait écrit, si le chantre avait parlé à M. Prévère, si l'air pensif de' M. Prévère se rattachait à cela?... la curiosité le saisit II s'approche du diantre endormi et dont le somme tire à sa fin ; il rampe aotonr de lui, il lit déjà, c'est bien de Louise. Mais qu'estce? U est saisi tout d'un coup par un mouvement imprévu, par un tressant (1) du dormeur, il est pris sous lui et ne peatplos s'échapper. Dourak s'en mêle; réveil complet et grande colère du chantre. Bref, il est décidé, après un entretien à la pronienade avec M. Prévère, que Charles partira le smr même pour Genève, et qu'il quittera pour longtemps la cure, pour toujours Louise et ses espérances. Mais de nuit, déjà en route, il revient sur ses pas; il veut revoir les lieut encore, épier les derniers bruits du logis, la lumière de Louise s'éteignant. Presque surpris une seconde fois par le chantre soupçonneux qui rôde, il n'a que le temps de se réfugier dans l'église; il s'y laisse enfermer, y passe la nuit, et, accablé de fatigue et d'émotions, s'y endort pi*ofondément Le lendemain, au réveil, c'était dimanche; la foule va venir, il n'est plus l'heure de s'esquiver. Par bonheur, l'orgue ( Charles s'en ressouvient à temps) est en réparation et^ ne doit pas jouer ce jour-là; il s'y cache. La prière commence ; M. Prévère ouvre la Bible et y lit ces mots comme texte du discours qu'il va prêcher : Quiconque reçoit ce petit enfant en mon notn^ it me reçoit En effet, le bruit s'était répandu, par la paroisse, du refus du chantre, du départ de Charles; on plaignait l'un, mais on apjwouvait l'autre. Le cœur de M. Prévère s'en est brisé, et il s'échappe
* Tressant f comme on dit soHbresaul, sursaut, mot exa^H^"^ et de vieillç souche, que tressaillement pe supplée pas.