‹ Rosa et GertrudeChapitre 9 sur 15 · L1V NOTICE · texte numérisé non relu

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pressions « sinon habilement , da moins avec une naïveté sentie , avec nne gaucherie fidèle. » L'habileté est de la part de l*auteur qui se cache si bien derrière. Il y a un vrai charme à ce parler du bon vieillard , chez qui la candeur est toujours éclairée par la charité et par les lumières deTÉfangile. Si l'auteur a youIu montrer dans ce ministre (et il l'a voulu en effet) combien , avec un esprit juste, aTecuncœar pur et droit , exercé par la pratique chrétienne , guidé par les inspirations de l'Écriture , et muni d'une Tigilance et d'une observation continuelles , on peut se trouver en fin de compte plus avisé que les malicieux , plus habile que les habiles, et véritablement un maître prudent et consommé dans les traverses les plus délicates de la vie comme dans les choses du cœur, il a complètement réussi. Les singuliers embarras de M. Bçrnier, chargé des deut nouvelles ouailles qu'il s'est données, ses tribulations croissantes et toujours consolées, depuis le moment où il sort de Thôtel au milieu des rires en les tenant chacune sous un bras , jusqu'au jour où il les recueille chez lui dans sa propre chambre et oà la grossesse de la pauvre Rosa se déclare , ces incidents survenant coup sur coup et l'un à l'autre enchaînés sont touchés avec tin art secret , et ménagés avec une conduite qui fait l'intérêt du fond. Le Doyen de Killerine , ou le révérend Primerose, dans des situations analogues, ont une teinte assez prononcée de ridicule , que l'excellent M. Berni^ sait mieux évtter. On sourit de lui , mais on n'a que k temps de sourire. Cet homme simple , et dont le lecteur croit devancer parfois la sagacité , se trouve toujours au niveau de chaque crise et la fait tourner à bien. II y a des scènes parfaitement belles, ^"'* . par exemple , du départ improvisé de M. Bernier, ^ tout sanglant de la chute qu'il vient de faire, il

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Tomte , de force et d'adresse , dan* la voilure où le baron de Bnlow enlevait les deux unies. Le moment où Gertrude lui i]^rend la groraesse da Rosa et où son premier sentiment , an milieu du snrcrott d'anûété qui lui en renent, est d'aller à la jetuie mère et de la bénir, arrache des larmes par sa subtimité simi^e. Tontes les scènes qui se rapportent il la mort de Rosa sont d'une hante beauté morale ; il sera sensible II tout lecteur que celui qui 1m a si bien conçues et représentées IraTaillait, lai aussi, en vue du sujet mSme, c'est-^-dire dn suprême instant , et qu'il peignait d'après nature.

Il y a quelques défaut) dans la forme , dans le slyle , et nous les dirons sincèrem^t. Tôpffer, on le sait , a une langue à lui ; il suit i sa manière le procédé de Montaigne , de Paul-Louis Courier. Profitant de sa situation excentrique en dehors de la capitale , il s'était fait un mode d'expression libre , franc , pittoresque , une langue moins encore genevoise de dialecte que véritablemedtcomposïte; comme l'auteur des Essais , il s'était dit : •> C'est aux paroles à servir et à suivre , et que le gascon y arrive, si le françois n'y peut aller. « Cette veine lui est heureuse en mainte page de ses écrits , de ses voyages ; il renouvelle ou crée de bien jolis mots. Qui n'aimerait chez lui , par exemple , l'âne qui chardonne , le gai voyageur qui tyroHse aux échos? Mais le goût a parfois ît souffrir aussi de certaines duretés , de rocailles , pour ainsi dire , que rachètent bientôt après , comme dans nue marche alpestre, 1» piircuij du L'iiir ot I.i riaiclicur. On rencontre de ces durelûs ainsi raclirtécH dans le charmant récit de Rosa et Gertrude. En voulant conserver i M. Bcrnier le ton exact d'un miniâlre évaiigéliipic , l'auteur a , en quelques endroits, multiplii'; Its termes familiiTS auï ré^ formés , et qui ne les choquent p;is loiuiiiu étant tirés di

LVI N0TIC£ SUfi M. TOPFFEB.

vieilles (radactions de la Bible qu'ils lisent jooniellemeDt. Gela , pour nous , ne laisse pas de heurter et de faire disparate en plus d'un lieu ; il y aurait eu certainement moyen , sans rien altérer, de mieux fondre. £n nous permettant, même en ce moment, cette libre critique, nous avons voulu témoigner l'entière sincérité de notre jugement et nous maintenir le droit de dire bien haut , comme nous nous plaisons à le faire , que l'histoire de Rosa et Gertrude est une des lectures les plus douces , les plus attachantes et les plus saines qui se puissent goûter.

Sainte-Beuve.

Ce 1" octobre 1846.

Parmi les nombreux témoignages de regret et de sympathie qui ont été payés à la mémoire de TôpfTer dans sa patrie même , nous ayons distingué et nous reproduisons l'article suivant, inséré dans le FÉDéiiAL du 16 juin 1846, et qui est de M. le professeur Do La Rive.

RODOLPHE TÔPFFER.

Rodolphe Tôpffer , enlevé si jeune encore à ses amis et à son pays, était né à Genève en 1799. Élevé au Collège, il avait conservé un vif sentiment de reconnaissance pour cet établissement, dans lequel il avait éprouvé les premières jouissances de Famitié, et puisé les premières idées de nationalité genevoise. ^Les impressions de Tôpffer furent en effet de bonne heure toutes patriotiques. Agé de IZt à 15 ans, il assista à toutes les scènes émouvantes qui précédèrent et accompagnèrent la restauration politique de son pays. Son âme ardente et sa vive imagination furent saisies par ce retour inespéré de Genève à l'indépendance. Il faisait partie de cette génération qui, ayant entrevu les jours mauvais de l'asservissement, participa aux joies pures de la délivrance , et qui apprit à aimer Genève en voyant ce que des citoyens dévoués pouvaient faire pour elle. Ces impressions ne s'effacèrent jamais chez lui; on en retrouve des traces dans tourtes les circonstances de sa vie.

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