‹ Rosa Ferrucci sa vie et ses lettres publieesChapitre 16 sur 20 · ROSA FER RL' CCI · texte numérisé non relu

ROSA FER RL' CCI

tant de fois m’a bénie. O Vierge Marie! faites que la douleur de cette pauvre mère se change en consolation pour les pauvres , les affligés et les malades. Et vous, ô mon Dieu , faites que tous ils adorent vos saints décrets. »

Elle tira de son doigt une petite bague que je lui avais donnée. « Gardez-la, me dit-elle, en souvenir de moi. » Puis me remettant son anneau de tiancée : « Rendez-le à qui vous savez... c’est une belle âme. » Elle ne prononça pas son nom, ne poussa pas un soupir qui trahît une affection terrestre. Vivante, c’était Pâme quelle avait aimée dans son fiancé; mourante, c'était encore l’âme qu'elle aimait. Dans ces quelques mots elle a laissé àcet infortune jeune homme un témoignage très-chaste de son amour, un puissant encouragement à vivre en chrétien, une douce espérance pour la vie à venir.

Elle prit la petite image de la sainte Vierge que tout à l'heure elle avait baisée et me pria de la remettre à Henriette en souvenir d’elle. Je lui

demandai alors si elle n’avait rien à nous recommander. « Rien, » me répondit-elie d’abord.

Puis, comme vaincue par mes instances, elle fit un legs aux orphelins et fonda une rente à perpétuité pour les veuves.

Elle était accablée de fatigue, et retomba sur son lit. Elle ignorait que son frère lût arrivé, mais son cœur le réclamait ; elle l'appela par son nom :

« Antonio ! Antonio ! » Que de sentiments, que de souvenirs dans ce cri ! elle pensait sans doute aux joies de leur enfance, à leurs communes études, aux moments heureux qu’elle avait passés avec lui, à tous les témoignages de tendre affection qu'ils avaient échangés. Antonio et la douce Sylvie, sa femme, entrèrent bientôt dans sa chambre. Rosa se montra heureuse de les voir, leur prit tendrement la main et leur demanda des nouvelles de leur petit Pippo et du petit Paulin. Puis, promenant successivement son regard sur sa belle-sœur, sur sa grand’mère, sur son frère, sur son père et sur moi : « Ah ! je vous ai tous,

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dit-elle avec joie, je vous ai tous autour de mon lit. » Et elle ajouta : « Qui veut mes cheveux? » Personne ne répondit. Je la regardai, et voyant que notre silence lui était pénible : « Moi, » lui dis-je en sanglotant. Et elle : « Ils sont à ma mère. » De ce moment elle fut tout à Dieu.

« Seigneur, disait-elle d’une voix tendre et suppliante. Seigneur, bénissez cette ville, son peuple et son pasteur! Bénissez l’Eglise catholique, le souverain Pontife, ses ministres et ses enfants ! Ayez pitié des pauvres pécheurs , éclairez

les hérétiques ; soyez miséricordieux envers ceux qui croient en vous, miséricordieux aussi envers ceux qui ne croient pas. Pardonnez à tous! Soyez un père d’amour pour les bons et pour les méchants. Bénissez mes parents : après vous , Seigneur, c’est à eux que je dois tout. Ayez pitié de ma pauvre mère, ô Vierge immaculée. Seigneur Jésus, sainte Marie, ayez pitié de mon âme! donnez à tous votre paix!... Je leur laisse la paix. »

ROSA FKRRUCCI.

Plusieurs fois elle répéta ces paroles, les entrecoupant de passages de l’Evangile et de versets des Psaumes qu'elle adaptait à sa situation. Son confesseur l’exhorta à se recommander à l’illustre sainte Agathe, que l’Eglise honorait ce jour-là : elle récita sur-le-champ l’oraison de la messe de cette sainte.

Elle se tut un moment : ses forces diminuaient.

Puis elle m’appela des noms les plus tendres, et

lisant ma douleur dans mes traits : « Souvenez-

vous, me disait-elle, de sainte Félicité. » Et elle

m’exhortait à imiter la force d’âme de cette sainte. Elle murmurait à voix basse : « Oh! je ne crains pas l’enfer, j’aime tant mon J ésus ! Que je souffre ! Tout pour votre amour, o mon Jésus, tout pour votre gloire ! je suis dans le feu ; tout mon cœur est brûlant. Ah! Jésus! brûlez-moi des flammes de votre amour. « Elle me recommanda de nouveau à Notre-Dame et dit à son confesseur : « Je vous prie de revenir ce soir auprès de ma pauvre mère, et de faire vos efforts pour la consoler. »

HOSA FERKUCCI.

La mort approchait. Son visage était livide et ses yeux se voilaient. Elle ne voulait plus prendre de glace. Elle en accepta pourtant de ma main , se montrant ainsi soumise jusqu’au dernier moment. Sa charité aussi ne l’abandonna qu'avec la vie ; une de ses dernières paroles fut pour la pauvre orpheline qui la servait : elle demanda à ceux qui l’entouraient que jamais elle ne fût abandonnée.

Elle ne voyait plus des yeux du corps ; mais on eût dit que, les yeux de l’âme commençant à s’ouvrir, elle contemplait déjà le monde invisible. Elle répéta plusieurs fois : « Je vous vois, mon Dieu, oui, je vous vois : je vois la céleste Sion. Oh ! que d’anges ! quelle beauté ! »

Elle appela chacun de nous par son nom, et se souvint en ce moment suprême de tous ceux qu’elle avait aimés. Ses dern ères paroles furent :

« Oui, certes, mon Dieu, volontiers ! Chère

maman !... Mon Dieu , ah! mon Dieu!... où suisje?... qui m’appelle?... Sortons... mon Dieu...

RUSA FERRUCC1.

allons !... » Elle ne put parler davantage , mais elle faisait encore de fréquents signes de croix et baisait amoureusement son crucifix.

L’agonie commença : elle fut calme comme un sommeil. Le 5 février, à deux heures quarante minutes, Rosa expira en souriant. Son confesseur s’écria en sortant de sa chambre : « Une sainte est morte. » Douce parole qui ne cesse de retentir dans mon cœur.

Ma fille mourut comme une sainte , parce qu’elle avait vécu comme une sainte. Elle fut pleurée par toute la ville : des personnes de tout rang voulurent l’accompagner à sa dernière demeure (i).

Je ne sais comment j’ai pu raconter cette mort, ni comment, l’ayant entrepris, mon cœur ne s’est pas brisé dans un si violent effort.

Chère enfant, tu n’ignores pas pourquoi j’ai

(i) Des inscriptions furent composées en son honneur.

ROSA FERRLCCI

écrit ces pages. Je n’ai pas songé à illustrer ton nom. Humble et modeste pendant ta vie, ce n’est

En voici une que cite M. Perreyve et qui traduit bien l’impression que laisse sa vie et sa mort :

INTEGRl • PVEttl • TENERAE * VIRG1NES HONESTATE * LACRIM1S

TVMVLVM • ROSAE • FERRY CCIAE

PVELLAE ‘ SVAVISSIMAE POLITIORIBVS • ARTIBVS SVPRA 1 FOEMINARVU * MOREM * EXCYLTAK Q V A E

S V B • IPSVM ‘ CONNVBIVM »VJI • INSVETA • GAVDIA ' TACITO * PECTORE * EXCIPERET IVVENÏLES ’ EXPLEVIT * ANSOS S E C V R A

Chastes jeunes hommes, tendres jeunes filles honorez de vos larmes la tombe de Rosa Ferrucci, suave enfant au-dessus de son sexe

par son instruction et ses belles connaissances qui

à la veille d’un mariage, quand son cœur s’ouvrait à des joies inconnues , a terminé sa courte carrière en paix.

196 ROSA kf.rrucci.

pas maintenant que tu peux désirer la louange. Au sein des joies infinies où, je l’espère, Dieu t’a introduite, que peuvent être à tes yeux les choses de notre pauvre monde, sinon rêve et vanité, ombre et poussière !

J’ai écrit ta vie pour montrer, par ton exemple, de quelles vertus la religion peut devenir la source. J’ai parlé de toi pour déterminer les jeunes Italiennes à aimer les biens célestes comme toi-même les as aimés. Oh ! prie pour elles, mon enfant, prie pour elles. Que toutes elles aient ton innocence, ta bonté, ta foi; que toutes elles donnent à leurs mères le bonheur que j’ai perdu le jour où je t’ai perdue. Et prie aussi pour moi, ma douce, ma bien-aimée Rosa; oui, prie toujours pour moi. Vois donc ! je suis accablée, je succombe sous la douleur. Envoie-moi, du haut du ciel, la force dont j’ai besoin pour porter ce poids. Je suis toujours ta mère. Souviens-toi de mon amour au milieu des divines allégresses. Demande à Dieu que je tienne mes yeux constam-

ment fixés sur la croix ; que la pensée de notre divin Sauveur me remplisse et que j’aime à répéter pieusement ces douces paroles qu’il nous a laissées pour l'espérance de ceux qui croient et la consolation de ceux qui sont désolés « : Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi , même quand il serait mort, vivra. Et quiconque vit et croit en moi ne mourra pas à jamais.» Ego sum resurrectio et vit a : qui crédit in me, etiamsi mort uns fnerit, vivet , et omnis qui vivit et crédit in me, non morietur in xternum.

Catherine Ferrucci.

Pise, ay juin 1837.

ROSA FERRCCCJ.

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