ROSA FERRI CCI
A son Père.
« Florence, 26 juin i 852 .
« La veille de la Saint-Jean, la ville était illuminée, le peuple riait, s’égayait : il oubliait ses maux et ses longues souffrances. La foule regardait les illuminations et les feux d’artifices ; mais personne n’admirait le plus bel ornement de la fête, je veux dire la lune, dont la tremblante lumière se reflétait dans l’Arno et allongeait outre mesure les ombres des grands arbres. »
A sa Mère.
« Florence, 20 avril 1 855.
« J’ai été voir les courses. J’en suis revenue désenchantée. Il n’y avait rien là qui pût me plaire : je me trompe ; il y avait quelque chose , la belle vue qui de tous côtés s’offrait à mes re-
gards. Les collines de Fiésole, les belles couleurs d’un arc-en-ciel, la verte et large prairie des cassines, l’allée d’arbres touffus : tout cela, mais cela seulement, m’a paru digne d’admiration. »
Accoutumée dès l’enfance à vivre avec ellemême, à réfléchir sur tout ce qu’elle lisait, à n’estimer que le bien et le vrai, à fuir les conversations oiseuses, Rosa était bien avant le temps arrivée à une entière maturité d’esprit et de cœur.
Son désir ardent des biens du ciel, sa compassion pour le malheur, son grand amour de Dieu lui avaient révélé le terrible mystère de la vie. Aussi ne fut-elle pas un instant exposée à la séduction des apparences; elle comprit tout d’abord que • l’édifice de notre bonheur repose sur la vertu, et que la souffrance est pour l’homme une compagne inévitable que la religion seule peut adoucir.
En lisant les lettres que je vais transcrire vous jugerez vous-même, Monseigneur, si je me trompe en affirmant qu’on trouvait déjà dans cette en-
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fant ce sens solide et profond auquel bien des gens n’arrivent jamais, et qui ne naît chez la plupart qu’après une douloureuse expérience.
« Antignano, 3 juillet i853.
«... Mon père doit t’avoir remis un petit livre : il est bien usé, mais c’est le premier livre qui m’a été donné, et j’ai longtemps prié sur ses pages. Je
reçois ta lettre et lui fais bon accueil; mais je ne
suis pas contente de toi. En vérité, tu t’affliges beaucoup pour des choses qui ne méritent pas autant. Que signifie ce grand chagrin? Quand feras-tu preuve d’une patience à la fois courageuse et chrétienne , si ce n’est dans la situation où tu te trouves ?
E perd leva su vinci l’ambascia Cou l’animo , cite vince ogni battaglia.
« Allons donc! lève-toi, et prends, pour dompter ces difficultés, ce courage généreux qui n’est jamais vaincu. »
« Tu as lu tous les moralistes : c’est le mo-
ment ou jamais de te souvenir de leurs préceptes. Je suis sévère, n’est-ce pas ? Pardonne-moi, chère amie ; crois bien que je souffre de ce que tu souffres; mais je voudrais te voir te vaincre toimême. On t’a dit mille fois que la vie de l’homme a ses tempêtes, veux-tu que je te le répète à mon tour? Oui, parfois les flots se soulèvent avec un mugissement profond et terrible; ils se heurtent, v ils se brisent, ils s’amoncèlent; puis ils se déchirent, on aperçoit l’abîme; le ciel est couvert de nuées épaisses : mais regarde... le vent a tourné, la mer redevient calme, le ciel est serein, le soleil se réfléchit dans les eaux comme dans un clair miroir. Ma chère Louise, l’air natal mettra la paix dans ton cœur; nous serons alors séparées, mais si je te sais heureuse, je trouverai cette séparation moins amère. »
« Florence, 18 février 1854.
« J’ai reçu hier ta lettre : elle était bien affectueuse et bien triste; j’v réponds dès aujourd’hui,
afin que tu saches bien que tes douleurs sont mes douleurs. Pauvre petite Antoinette ! pourquoi la pleurerions-nous? Elle est allée dans les beaux lieux, où, comme elle-même le disait dans son délire, tout avait été préparé pour la recevoir avec joie ! Non, ce n’est pas sur elle, c’est sur toi, sur tous les tiens que nous pleurons. Aussitôt que je sus la triste nouvelle, je fis de toute mon âme une prière pour ta mère et pour toi. Je ne priai pas pour Antoinette, il me semblait déjà la voir au milieu des chœurs des Anges.
« Je voudrais bien te consoler, chère amie, mais je ne puis. Il n’y a que Dieu qui sache réellement consoler. Il t’aidera à supporter chrétiennement ce malheur. N’est-il pas notre Père? Ne nous attend-il pas, comme on attend des enfants, dans ce séjour heureux où il n’y a ni larmes ni douleur, où la paix et la joie sont éternelles? Tiens , une pensée consolante traverse mon esprit. Est-ce que chaque jour tu ne souhaitais pas à cette chère petite sœur toutes sortes de félicités?
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Elles les a maintenant ces félicités , si pures , si abondantes, si complètes qu’elles dépassent tous nos désirs. Son sort me paraît digne d’envie. Elle n’a pas connu les peines et les mécomptes de la terre : elle n’a souffert aucun des maux qui atteignent toujours ceux dont la vie se prolonge icibas. La Mort a été pour elle un petit Ange descendu du ciel pour la couronner de fleurs. Ma bonne Louise, séchons nos larmes. Ne vois-tu pas que ton Antoinette est plus heureuse que nous? »
« 5 mai 1 856.
« J’ai revu aujourd’hui le marquis Gino Capponi et M. de Collégno. Tu connais peut-être celui-ci de réputation. C’est un savant géologue et un homme d’une vertu toute antique : sa femme est bonne, aimable et instruite. J’ai eu grand plaisir à revoir ces deux messieurs. Le marquis m’a cordialement serré la main. Pauvre Capponi ! pauvre Collégno! Nous les plaignions tous
ROSA FF.RRUCCI.
les deux. L’un est condamné à une nuit perpétuelle : l’autre est très-infirme. Ah ! la vie, chère Louise, qu’est-ce donc que la vie? Ni la vertu, ni le génie, ni l’élévation de l’âme ne suffisent à préserver du malheur. Cela vient de ce que la terre n’est pas notre vraie demeure; court et fugitif est le temps que nous y séjournons , nous sommes emportés vers le ciel. »
u Pise, 5 octobre 18 jO.
« Tu as raison ; les jeunes filles ne devraient consentir à se marier qu’avec des hommes instruits et adonnés à l’étude d’une science ou d’un art. Connais-tu ce passage du P. Lacordaire : « Jeunes filles, sachez si l’homme à qui vous al- « lez donner votre foi a coutume de fléchir le ge- « nou devant l’autel, si les mains auxquelles vous « devez unir vos mains se joignent respectueuse- « ment dans la prière. » Il a raison, n’est-ce pas? et c’est ce qui me donne bonne espérance. »
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Cette rectitude de jugement, qui se montre partout dans les lettres de Rosa, je l’ai bien souvent admirée dans sa conversation. Avec les étrangers elle parlait assez peu; mais avec moi elle aimait à longuement s’épancher, surtout dans les promenades que nous faisions ensemble. Occupées l’une et l’autre à l’étude et aux soins de la maison, nous réservions ordinairement nos entretiens intimes pour les heures où force nous était de prendre un peu d’exercice et d’accorder quelque relâche à nos intelligences.
Heures précieuses et fugitives ! vous ne reviendrez plus. Et moi-même je fuirai désormais la vue de tous ces lieux, où je ne pourrais faire un pas sans retrouver les pas de mon enfant, j’allais presque dire, sans entendre sa voix. Rarement nous allions où va la foule. Nous cherchions de préférence les sentiers solitaires. C'est là que nos âmes passaient l’une dans l’autre avec tant de douceur que, faisant cette promenade tous les jours, tous les jours elle nous semblait nouvelle.
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Un beau coucher de soleil devenait pour ma fille une occasion de parler de la grandeur ou de la bonté de Dieu. La vue d’un vallon solitaire éveillait en elle une foule de pensées pleines de paix, de fraîcheur et de mélancolie. Elle disait en apercevant au loin les montagnes : « Que de fois la plaine qui s’étend à leurs pieds a changé de maîtres, d’habitants, de lois, de coutumes! Elles demeurent immobiles au milieu de ces vicissitudes. Voilà la différence entre les œuvres de Dieu et celles de l’homme. »
S’il nous arrivait de rencontrer une pauvre femme toute courbée sous un faix de bois mort, la compassion se peignait aussitôt dans ses traits, et elle se plaignait de ne pouvoir secourir les pauvres autant qu’elle l’aurait voulu, ou encore elle rendait grâces à Dieu des biens qu’il lui avait donnés. Nous entrions assez souvent dans les humbles cimetières que nous trouvions à la campagne, et là, après une prière pour les morts, elle avait pour habitude de faire quelques réflexions
K OSA FERRUCCI.
sur la fragilité de la vie, et sur la redoutable égalité que la mort met entre les hommes. On sait combien sont variés les aspects de la campagne. Aucun n’échappait à son regard observateur :
comme les cordes d’un instrument répondent à la main qui les touche, ainsi vibrait son âme sous l’impression des beautés de la nature.
J’ai toujours aimé la solitude et le silence, mais toujours aussi j’ai désiré avoir à mes côtés un cœur où je pusse épancher tous les sentiments que parfois je sentais déborder en moi. Ce que je cherchais, je le trouvais dans cette chère enfant, d’un esprit si étendu, d’une imagination si chaste, d’une candeur si aimable. J’ai bien souffert en ce monde, mais j’ai aussi ressenti bien des joies, non pas, je crois, des joies vulgaires, mais de ces joies intimes et pures qui découlent, comme un torrent de lumière, du sein de la Vérité incréée et de l’éternelle Beauté. Eh bien ! jamais mes méditations solitaires, quelques consolations qu’elles m’aient apportées, ne m’ont rien valu d’aussi
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doux que la conversation si pieuse, si sensée, si aimable de ma fille. On le comprendra sans peine. J’avais vu se former et grandir sa belle intelligence; à tous moments son âme m’apparaissait sans voile; j’y adorais les traces visibles de la sagesse et de la bonté de Dieu, et en même temps j’étais heureuse de penser que peut-être mes conseils ne lui avaient pas été tout-à-fait inutiles. Oh ! puissé-je ne m’être pas trompée, et avoir, en effet, hâté l’heure où elle devait jouir librement du souverain Bien ! Puisse -t-il m’être permis de dire au Seigneur : « Seigneur, celle que vous aviez bien voulu confier à ma garde, est retournée vers vous. Ai-je réussi, j’ai besoin de vous le demander, ai-je réussi, avec l’aide de votre grâce, à ne pas corrompre votre ouvrage ? Il eût fallu une sainte pour être mère de cette enfant : pauvre femme, j’ai fait le mieux qu’il m’a été possible. Je l’ai aimée, mon Dieu, oui, je l’ai aimée mille fois plus que moi-même, mais en vous et pour vous. Sa sainteté m’inspirait un
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respect religieux, qui parfois me faisait trembler devant elle. »
J'ai déjà raconté comment je lui avais interdit toute lecture qui eût pu ternir son innocence, et avec quelle docilité elle m’avait obéi. J’ai su, depuis sa mort, qu’un jour son fiancé avait voulu lui faire admirer je ne sais quel passage de la Divine Comédie qui se trouvait dans un des chants dont je lui avais défendu la lecture; elle s’y refusa et comme celui-ci insistait, objectant que les vers dont il parlait ne contenaient rien de mauvais : « Excuse-moi, lui dit-elle, mais je ne puis te faire ce plaisir, ma mère m’a défendu de rien lire de ce chant; je veux lui obéir, les yeux fermés, comme j’ai toujours essayé de faire. »
Je lui avais dit, dans ses premières années, qu’une petite fille sage ne doit point se mettre à la fenêtre ou devant un miroir, comme font les paresseuses et les vaniteuses. Elle prit si bien mon conseil à la lettre qu’un jour de grande fête, une procession étant tenue à passer sous nos fe-
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nêtres, elle n’osa la regarder qu’après m’en avoir demandé la permission ; quant à l’autre partie de ma recommandation, jamais elle n’aima son miroir; un coup d’œil rapide lui suffisait avant de sortir. Elle tenait à être propre, mais en évitant la mode et ses trop séduisants caprices.
Il ne faudrait cependant pas croire que Rosa eût la contenance et la tenue d’une religieuse. Non, c’était une jeune fille aimable et remplie d’agrément; elle avait la vive allure, l’élégance, la bonne grâce de son âge : mais, chez elle, la vivacité était tempérée par le sérieux de la pensée; l’élégance était simple et modeste; la bonne grâce décente et sans affectation. Des personnes qui ne lui avaient jamais parlé l’ont pleurée à sa mort; elles se disaient les unes aux autres : « C’était un vrai plaisir de rencontrer dans les rues cette jeune fille si gracieusement modeste. Avez-vous remarqué avec quelle joie, avec quel amour elle parlait à sa mère? Pauvre mère!
Comment vivra-t-elle sans sa fille ! — Comment
je vivrai? me le demandez-vous ? Comme on vit quand on mesure le temps à sa douleur. »
Lorsque la nouvelle de la maladie de ma nlle se répandit par la ville, il y eut une personne qui dit : « Je tremblais depuis dimanche que cette excellente jeune fille ne fût pas bien. Depuis plusieurs années que j’entends la messe auprès d’elle, c’était la première fois que je l’avais vue s’asseoir. » En effet elle se tenait habituellement à genoux devant Dieu, et toute son attitude indiquait le recueillement de son âme. Sa dévotion était profonde, mais n’avait rien de superstitieux. Elle estimait que le Seigneur a pour agréables, non les longues, mais les ferventes prières (i\
(i) Voici ses propres parafes :
.•i Madame Louise Vogl.
« Irtse, 19 aoùl (855.
« Il n’est que trop vrai, le choléra sévit dans notre pauvre Italie. Les nouvelles de Florence sont très-tristes. On y a fait une procession solennelle : plusieurs l’ont suivie pieds
KOS A KKKRl'CCI.
Pour elle, ce n’était pas seulement une partie déterminée de son temps qu’elle entendait consacrer à Dieu; elle vivait constamment avec lui, travaillant en sa présence, lui rapportant tous ses travaux et lui consacrant tous ses sentiments. Elle avait pour la Vierge immaculée la tendresse respectueuse d’une enfant pour une mère. Cha-
nus, et ont ensuite succombé en quelques heures. Ah! ce ne seront pas les pieds nus qui fléchiront la colère de Dieu. Heureusement Dieu est bon; il aura pitié de nous malgré nos fautes et nos crimes. »
A son fiancé.
• « 26 juin 1 856.
« Je ne ferai jamais compliment à personne de passer un grand nombre d’heures à réciter, bien souvent sans attention , d’interminables prières; mais il me semble utile et même nécessaire d’employer tous les jours , et surtout les dimanches, un peu de temps à lire un bon livre de piété, à réciter quelques prières de l’Eglise, à élever vers Dieu son âme et son intelligence. C’est pour moi ce que j’essaye de faire, et sans ces actes de religion, je ne croirais pas avoir convenablement sanctitié le dimanche. Je n’en dis pas moins avec toi : Non, point de longues prières; qu’elles soient courtes et ferventes. »
rtOSA 1ERRIXC1.
que soir, à la prière que nous faisions ensemble , elle invoquait son assistance dans une oraison qu’elle avait en grande partie composée ellemême, et qu’elle récitait les yeux levés au ciel et avec une foi si grande que la voir m’a bien souvent remplie d’émotion. Elle aimait les fleurs, et, tout enfant, elle en faisait des guirlandes qu’elle déposait ensuite devant une image de la Madone. Je conserve cette image : elle est là suspendue dans ma chambre, comme une triste et précieuse relique de celle qui a embelli ma vie. Souvent je la regarde et je pleure; il me semble alors que la sainte Vierge médit : « Ne te désole pas, pauvre mère. Ta fille est avec moi dans le ciel , comme sa dépouille mortelle repose devant mon autel ; i . Elle aimait à m’offrir des guirlandes de
(ij Rosa a été inhumée dans l’église Sainte-Croix, devant l'autel de la Vierge immaculée. J’ai choisi cette église, parce qu’elle est peu éloignée de notre maison. Personne d’entre nous ne savait qu'il y eût là une chapelle consacrée à la très-sainte Vierge; si Rosa y a été enterrée, ce fut par un effet du hasard, ou plutôt par une disposition providentielle.
KOSA EERKUCCI.
fleurs, et moi, je l’ai couronnée de lis immortels. Ne pleure pas; elle est avec moi. Qu’as-tu à craindre? J’ai connu toutes les douleurs qui peuvent, sur la terre, déchirer le cœur d’une mère; j’ai compassion de toi. Ta fllle est dans mes bras : un jour je te la rendrai plus belle que la pensée humaine ne saurait l’imaginer. »
O sainte religion , je vous rends grâces ! Si je vis encore, c’est par vous. Si j’attends avec patience le jour où je serai réunie à mon Dieu et à mon enfant, c’est que je suis soutenue par les saintes et solides espérances que je trouve en contemplant la croix de Jésus.
Parmi les saints que Rosa honorait particulièrement étaient saint Vincent de Paul et saint François de Sales : du premier, elle admirait l’inépuisable charité, du second, la douceur des
Dans son agonie elle disait, d’une voix défaillante : « Puisje être placée sous l'autel ? Me placera-t-on sous l'autel? » Etait-ce effet du délire r était-ce étonnante prévision de ce qui devait arriver : Je n’oserais me prononcer. Je raconte un (ait qui a eu beaucoup de témoins.
doctrines, des sentiments et des oeuvres. Quand elle tomba malade, elle se préparait par une neuvaine à la fête de saint François : elle voulut la continuer malgré ses souffrances. Au dernier terme de sa maladie , je la voyais lever souvent son regard mourant sur une image de saint Vincent qu’elle avait près de son lit; elle lui recommandait non-seulement son âme, mais aussi ses chers pauvres, qu’elle avait aimés, toute sa vie, comme des frères, et qu’elle ne voulait pas oublier aux approches de la mort.
Convaincue que notre vie a besoin d’être sagement dirigée, Rosa avait recueilli, dans ses lectures , un grand nombre de maximes de perfection chrétienne, qu’elle méditait et auxquelles elle essayait de conformer sa conduite (1). Toutes
(1) En voici quelques-unes : « Voir Dieu en toute chose créée. — Rapporter tout à Dieu. — Penser toujours « Dieu me voit. » — Aimer tendrement la religion et l’Eglise catholiques. — Unir ses œuvres à celles de Jésus-Christ. — Entretenir dans son cœur le désir du ciel. — Demander à Dieu la foi et la constance des martyrs. — Avoir une confiance
les pages du petit cahier où elle les avait transcrites sont usées, parce qu’elle l’avait sans cesse à la main. Il m’arrive parfois de le prendre et de le relire : je ne le fais jamais sans que je m’imagine y retrouver l’âme même de mon enfant. La vérité fut son guide infaillible; de son intelligence, elle descendait dans son cœur, et s’v transformait en vive et exquise charité. C’est à cette charité, je crois, qu’il faut ramener, comme à une source,
invincible dans les effets de la prière. — Secourir les pauvres par amour pour Dieu. — Veiller et prier. — Faire du bien à tous. — Obéir au père et à la mère. — Etre douce et docile envers mes maîtres. — Me taire toujours dès que je sens la mauvaise humeur m’agiter l’esprit. — Ne jamais lire un livre suspect. — Etre d’une probité scrupuleuse. — *Ne jamais dire du mal de personne. — Présumer le bien. — Jamais d’envie. — Demander souvent l’humilité. — Ne jamais mépriser les bonnes inspirations que Dieu envoie. — Travailler et étudier avec zèle. — Elever souvent son âme à Dieu. — Pardonner toujours à tout le monde et en toutes choses. — Chercher mon bonheur dans l’exercice des devoirs chrétiens. — Fais ce que tu dois et repose-toi ensuite sur la bonté de Dieu. — Craindre le péché plus que la mort. — Demander les sacrements dès le commencement d’une maladie grave. — Parler à Dieu comme à un tendre et bienaimé père. — Unir sa mort à la mort de Jésus-Christ. »
DOSA 1ERRUCCI
tout ce qu’il y avait de bon en elle. Elle-même semble l’avoir donné à entendre : « La charité, « disait-elle à une de ses bonnes amies, n’est pas « essentiellement la compassion douloureuse qui « naît en nous à la vue des souffrances des pau- « vres; c’est une vertu bien autrement étendue; « il n’y a pas un de nos sentiments où elle ne « puisse entrer et qu’elle ne transfigure : elle est « dans la patience, dans l’humilité, dans la foi, « dans la justice, dans la force d’âme, dans la « soumission aux supérieurs, dans le mépris du « monde, dans le désir du ciel. Pure lumière « émanée de Dieu, elle est infinie comme lui, et a quiconque la porte dans son cœur doit s’atta- « cher à en faire sentir les suaves effets à toute « créature humaine. » Admirable pensée qui dirigea constamment sa vie !
Elle aima sa famille du plus tendre amour; elle fut fidèle à l’amitié, elle eut de la compassion pour toutes les erreurs et toutes les infortunes ; elle se préoccupa avec excès de la gloire de son
lî-pi KOSA KKHRl'CCf.
pays (i). Son sens exquis, qui avait devancé les années, ne tarda pas à la convaincre que jamais l’Italie ne pourrait recouvrer son ancienne splendeur, si la jeunesse italienne ne renonçait à l’oisiveté et aux vains plaisirs, pour se porter résolument aux fortes études seules capables de réformer les mœurs, en éclairant les intelligences; surtout si l’on ne parvenait à ramener dans
(i) J’en trouve la preuve dans une lettre qu’elle écrivit à Julia Corridi , aimable jeune fille, qu’elle connaissait depuis longtemps :
« Pise, 8 janvier 1857.
« Que dis-tu de la mort et du martyre de l’archevêque de Paris? Tu connaissais de vue, je crois, ce vénérable prélat, et tu n’auras aucune peine à te figurer l’indignation que sa mort soulève, à Paris, dans tous les coeurs chrétiens et honnêtes. Cet horrible assassinat, qui ouvre l'année, me révolte encore plus que le martyre de Mgr Affre. Victime d’une guerre impie et féroce, au moins Mgr Affre n’était pas tombé sous le poignard, comme son digne successeur. Beaucoup de personnes, parmi nous, craignent que l’assassin ne soit un réfugié italien . J’espère et je veux croire que cela n’est pas. Ah! que Dieu nous épargne cette honte ! Le malheur qui nous vient d’en haut, et qui excite la compassion d’autrui, est bien plus facile à supporter que l’ignominie qui vient de nous, de nos passions et île nos crimes. »
H OSA KKRRLCCJ.
toutes les âmes un respect plein d’amour pour les doctrines religieuses. Et c’était dans cette pensée, c’était pour venir en aide aux mères qui n’avaient point étudié et qui devaient pourtant élever chrétiennement leurs fils, qu’elle voulait, comme je l’ai déjà dit , écrire une histoire de l'Eglise catholique , où elle eût essayé de mettre en plein jour tous les bienfaits dont le christianisme a enrichi l’humanité. Oh! combien de fois, dans nos causeries intimes, elle a gémi avec moi de ce que par l’élévation de l’âme, le bon emploi du temps et la simplicité de la foi, nous différions si fort de nos ancêtres ! Que de fois elle a soupiré de la lâche forfanterie de notre époque, du sot orgueil de tant de gens qui voudraient gouverner tous les peuples et qui ne savent pas se gouverner eux-mêmes! Elle n’eût pas osé s'ouvrir avec d’autres sur ce sujet; mais elle m’en parlait avec abandon, et bien souvent une larme de sainte indignation ou de pitié souveraine brillait furtivement dans ses yeux. Souvent aussi je l’ai enten-
due alors s’écrier ,'car, comme je l’ai dit, toutes ses pensées se terminaient à Dieu) : « Seigneur, je vous recommande l’Italie; qu’elle devienne religieuse et forte par toutes ces saintes vertus qui ne fleurissent que dans les cœurs chrétiens. Elle est si belle ! elle vous est si chère ! et moi je l’aime tant ! Oh ! qu’il me soit donné de la voir revenir aux nobles travaux, abhorrer la mollesse et le luxe, mettre sa grandeur à obéir à l’Evangile et imposer au monde par sa sagesse et la pureté de ses mœurs. »
On ne s’étonnera pas que, remplie de l’amour de Dieu, Rosa se soit toujours crue bien loin du but où tendait son âme. Comme le grand poëte et l’artiste inspiré qui ne sont jamais contents de leur œuvre, mais gémissent en eux-mêmes de n’y trouver qu’un pâle reflet de la beauté idéale ; ainsi le chrétien qui admire et adore en son âme les perfections de son Dieu , se lamente de ne pouvoir les reproduire dans sa vie. Rosa éprouvait ce tourment; elle se jugeait mauvaise, et pré-
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ferait aux éloges des reproches librement exprimés. Et cependant je puis dire avec vérité que je n’ai jamais découvert en elle le germe d’un sentiment vraiment mauvais, que jamais je n’ai eu à la reprendre d’une chose qui dût sérieusement être blâmée. J’étais affectueusement sévère à son endroit : semblable au sculpteur qui, dans la statue dont il veut faire un chef-d’œuvre, ne souffre pas une ligne qui ne s’harmonise avec les autres, je ne pouvais souffrir en elle l’ombre même d’un défaut. Elle reconnaissait ses manquements sur-le-champ, et m’en demandait pardon avec tant d’humilité que bien souvent j’en étais émue jusqu’aux larmes. Il en était de même avec tous nos parents : s’il lui arrivait de leur causer le plus léger déplaisir, elle avouait aussitôt son tort, et pour une simple inadvertance, témoignait un regret qui eût suffi pour une faute grave.
En i85o, je passai quelques mois à Gênes.
Sûre dès lors de sa raison , je n’hésitai pas, quoiqu’elle eût à peine quatorze ans, à la laisser sous
la garde de ma vénérable mère, et à lui remettre en partie le gouvernement de la maison. Elle me prouva qu’elle était, en effet, capable de ces soins. Chaque jour elle notait les dépenses, veillait à ce qu’elles ne fussent ni inutiles ni excessives, tenait le linge en bon ordre et exhortait doucement nos domestiques à faire exactement leur devoir. Elle me rendait compte ensuite , en sorte que, malgré mon absence, j’étais instruite de tout ce qui se passait. Un jpur son frère crut devoir lui adresser je ne sais quel reproche : elle s’en montra fort émue et répondit avec vivacité. Antonio m’en prévint secrètement, de crainte que sa sœur n’étant pas avertie à temps, ne perdît quelque chose de son aimable douceur. Je profitai de ma fête pour écrire aussitôt à Rosa : je lui rappelais que la douceur des paroles et des manières est absolument nécessaire à toute jeune fille bien élevée; qu’il faut être reconnaissant des avis qu’on veut bien nous donner , et que les prendre avec hauteur serait le signe certain d’une âme orgueilleuse
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et indocile : j’ajoutais que je ne doutais pas qu’elle fût demeurée bien humble et bien douce , et que je la priais de tout cœur de continuer comme elle avait fait jusque-là. A la lecture de cette lettre, elle courut vers son frère, et, se jetant à son cou : « Lis, lis, lui dit-elle, j’ai honte de moi-même. Pauvre mère ! comme elle se trompe ! elle me croit tout autre que je ne suis. Tu m’as reprise l’autre jour, et j'ai mal accueilli tes paroles : Oh ! combien je le regrette ! A l'avenir, jeté le promets, je serai obéissante et douce. Ma douleur, les larmes que je verse en te demandant pardon, doivent te prouver la sincérité de mes paroles et mon désir de me corriger. » Plus tard elle voulut elle-même m’avouer sa faute.
Cette leçon lui avait profité : elle commença à craindre que sa vivacité naturelle ne la rendît irascible, et se résolut à rigoureusement se surveiller elle-même. Tous les soirs, jusqu’à la fin de sa vie, elle s’examina sur ses paroles et ses actions de la journée, et elle voulut même noter sur
ROSA KERRL'CCl.
un petit cahier les fautes qui lui échappaient et les victoires qu’elle remportait sur elle-même. Pendant mes absences, elle me tenait au courant de ses différents succès. Tantôt elle m’écrivait : « Je n’ai pas été ce que je voudrais être : » Tantôt : « Dieu aidant, j’ai été ce que vous désirez. » D’autres fois : » Je n’ai qu’un désir, devenir entièrement bonne. Je prie Dieu pour cela : priez avec moi , chère maman. » Sa prière fut entendue, ses longs efforts récompensés. Elle parvint à une douceur inaltérable : son visage serein respirait une paix céleste, et sa contenance humble et modeste attirait à elle tous ceux qui l’approchaient.
Ses autres vertus n étaient pas moins remarquables. Elle était compatissante pour le malheur, aimait le travail, s’occupait plus des autres que d’elle-mème, et, par-dessus tout, se montrait empressée à reconnaître ce qu’on faisait pour elle. Que de fois elle m’embrassa avec effusion pour me témoigner sa reconnaissance !
KOSA FERRUCCI
Que de fois je lui ai entendu dire, avec un accent qui révélait son âme : « Mon Dieu, je vous remercie de m’avoir donné une mère qui m’aime tant! » Oui, je t’aimais, chère enfant, mais hélas! cet amour n’a pu rien ajouter à ta vie. Je serais morte pour te sauver, et il m’a fallu te voir mourir au moment même où tu me devenais plus chère par les nouvelles espérances que je plaçais en toi. Il me semblait que le passé répondait de l’avenir : je te voyais déjà saintement remplir tous les devoirs d’une épouse chrétienne et d’une bonne mère, et je me promettais de ce spectacle un soutien et une consolation pour ma vieillesse. Oh ! que ne suis-je morte dans tes bras ! C’est toi, chère enfant qui aurais dû me fermer les yeux et de tes mains serrer avec tendresse mes mains défaillantes ! Pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas voulu ? Mais que dis-je? Un chrétien a-t-il le droit, même en ses désirs, d'aller contre la volonté du Seigneur? Tout ce que Dieu fait est bien fait, tout ce qu’il ordonne doit être ado-
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ré. Je me résigne donc; je porterai sans toi le fardeau d’une vie qui n’en est plus une ; mais, à l’heure où enfin viendra ma délivrance, oh ! je t’en prie, descends du ciel, viens auprès de mon lit comme une chère et désirée vision, et soutiens-moi dans les angoisses de mon agonie. Je t’ai guidée sur la terre, guide-moi un jour au ciel, et d’ici là obtiens-moi du Seigneur foi, patience et amour.
Si j’étais convaincue que ma fille aurait parfaitement rempli tous les devoirs de sa nouvelle situation, ce n’était pas sans motifs. Ses lettres à son fiancé, sa vie tout entière auraient suffi pour qu’il me fût impossible d’avoir un doute. Aidée par la grâce de Dieu qui ne manque jamais aux âmes droites, elle eût continué d’avancer dans les voies où elle marchait depuis son enfance. Mais une conversation, que j’eus alors avec elle, avait encore affermi mes espérances. Nous parlions de ses futurs devoirs de belle-fille : je les lui mettais sous les yeux, je lui disais qu’elle devrait porter dans sa nouvelle maison la douceur, le bon sens.
toutes les vertus qu’elle avait montrées dans la maison paternelle. Elle m’écouta avec attention, puis elle me dit : « Je crois être assurée de trouver dans mes nouveaux parents la bonté indulgente et l’aimable distinction auxquelles j’ai été accoutumée. De mon côté, je deviendrai pour eux une fille tendre et respectueuse, et je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour leur donner aide et contentement ; nous goûterons ensemble les joies sacrées de la paix domestique. D’ailleurs si, contre mon attente, je venais à m’apercevoir que leur caractère diffère entièrement du mien, ma résolution est prise : avec l’assistance de Dieu, je supporterais seule toute contrariété petite ou grande ; je ne m’en plaindrais pas une fois à Gaétano. Il m’en coûterait trop de troubler la bonne intelligence d’une famille et d’être cause qu’un fils se séparât de ses parents. »
J’étais certaine que cette bonne harmonie à laquelle elle attachait tant de prix aurait régné dans sa maison. La bonté franche et affectueuse de ses nouveaux parents d’un côté, de l’autre sa
prudence, son esprit d’équité et sa délicatesse, ne me laissaient absolument aucune craint/.
Cette chère enfant était si éloignée de se préférer à qui que ce soit, de jamais vouloir ce qui n’avait d'intérêt ou d’attrait que pour elle seule! Je me souviens que je lui parlais un jour de certains cadeaux que je m’apprêtais à lui offrir à l’occasion de son mariage : « Chère maman, me ditelle, je vous remercie. J’accepterai volontiers; mais pourrez-vous dès maintenant donner l’équivalent à Antonio? » Et je fus obligée de lui dire que j’avais également pensé à son frère pour qu’elle se montrât contente des présents que je lui annonçais.
Toutes les fois que je pense à la vie de cette enfant, vie courte, mais sainte et laborieuse, mon premier sentiment est de rendre grâces à Dieu qui a bien voulu garder son âme sans souillures. Je suis bien triste ; il semble qu’avec cette enfant j’aie tout perdu jusqu’à mon propre cœur, et pourtant cette tristesse n’est point sans consolations qui me paraissent venir du ciel. Elle est
heureuse, oui, je le crois, parce que je crois que Dieu tient inviolablement ses promesses et communique sa béatitude à l’âme qui l’a aimé, adoré et servi. Mes yeux la cherchent en vain, mais je suis sûre qu’elle ne m’a pas quittée *, elle est toujours à mes côtés, et sa doiye voix parle à mon âme, clic me soutient, elle me bénit. Il m’est aussi bien consolant de savoir que ses exemples ont déjà porté de bons fruits. Ils sont d’ailleurs de nature à pouvoir être imités par tous ceux qui sont résolus à bien faire. La vertu, chez elle, ne fut jamais rigide ni austère. C’était une enfant naturellement aimable, à qui la culture des lettres et des arts avait ajouté un nouveau charme. Elle était indulgente pour tous, avait pour tous une tendre compassion. Elle séduisait les cœurs par la grâce de ses manières et l’attrait de sa conversation. Elle n’a pas vécu dans un cloître ; elle a vécu dans le monde et comme y doit vivre une jeune filic chrétienne. Elle a aimé saintement ses parents, ses amies, son pays, son fiancé, tous ses
ROSA FKRRCCCI.
proches. Par-dessus tout, elle a aimé Dieu, principe et fin de toutes ses affections.
Toute mère qui voudra que ses filles lui ressemblent devra, avant tout, les tenir éloignées de ces plaisirs qui troublent l’esprit, qui corrompent le cœur et font prendre en dégoût les joies calmes et pures de la famille. Jamais elle ne leur permettra la lecture des romans et des poésies où les passions sont trop vivement exprimées. Elle se fera un crime, devant Dieu, de les conduire au théâtre et dans tous ces lieux où de pauvres enfants, ignorantes de la vie, perdent l’innocence et apprennent, même sans le vouloir, l’art si dangereux de la coquetterie. Par ses avis, par ses exemples surtout, elle essayera d’en faire de vraies chrétiennes, accoutumées à recourir à Dieu dans la prospérité comme dans le malheur, à chercher dans l’Evangile la règle de toutes leurs actions, à demander à Notre-Seigneur conseils, lumières et consolations. Elle n’oubliera pas que la vanité est la perte des âmes, et elle
ne leur permettra aucune occupation qui n’ait d’autre but que de leur mériter les louanges des hommes. C’est par toutes ces sollicitudes qu’elle parviendra à les élever pour le ciel, et à les voir vivre à ses côtés, d’une vie sainte et bien remplie.
Notre plus grand bonheur, à nous autres femmes, ce sont nos enfants, quand ils sont bons. Et pour les rendre bons, il faut que nous soyons aidées par Dieu. Or, Dieu nous aide quand nous le lui demandons , car il aime la prière des mères. J’ai commencé à prier pour Rosa, le jour où elle me fut donnée : je l’ai toujours fait depuis, et très-souvent avec tout l’élan de mon àme. Dieu a bien voulu m’entendre : il a abondamment répandu ses dons sur cette enfant. Aije maintenant le droit de me plaindre qu’il me l’ait sitôt enlevée ? N’était-ce pas lui qui me l’avait donnée? N’était-il pas libre de la reprendre? Je la pleure et la pleurerai toute ma vie. Mais l’espoir de retourner dans la patrie n’aide-t-il pas à supporter les maux d’un long exil? Et quelle est donc notre patrie, si ce n’est le ciel? Oui, au