‹ Rosa Ferrucci sa vie et ses lettres publieesChapitre 5 sur 20 · XXII · texte numérisé non relu

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ou moins que cela , lorsqu'il lui est donné d’en rencontrer à ses côtés quelque reflet lointain. Quelle commotion ! et bientôt quel travail où elle se met tout entière! L 'étonnement, le respect, l’estime, une sorte d’adoration parfois, c'est le premier mouvement de cette âme ébranlée.

Puis vient ce qui est plus caractéristique, un tressaillement délicat et délicieux, le don de soi, et, dans ce don meme, un sentiment dominant de contentement, de repos, de plénitude. Enfin comme autant de fruits précieux, des forces inconnues et qui jaillissent comme d’une source cachée, un courage plus confiant et désormais porté à beaucoup entreprendre, et, pour tout soutenir , une résolution qui saura travei'ser les obstacles ; voilà l’amour dans la série de ses manifestations. N'avais-je pas raison de dire qu’il est notre grand travail, et qu'à lui seul il résume et met en œuvre toute notre activité? Non, il n’a rien fait, il n'a pas employé la partie divine qui est en lui , l'homme qui n’aime pas ou qui aime peu. « Ils sont demeurés sans affection (i) : » c'est par cette parole accablante que saint Paul achevait de condamner

(i) Rom. i, 3 1 .

INTKODL'Cl ION.

tous ccs sages qui, sous la loi de nature, ont connu Dieu et n'ont point cherché à le glorifier. « Les malheureux ! ils n’aiment pas, » s'écriait sainte Thérèse, un jour quelle essayait de comprendre ce que peut être la vie des réprouvés. « Les malheureux! ils n’aiment pas. »

Tous ceux qui ne sont pas étrangers à leur propre vie, reconnaîtront l’exactitude de notre analyse : en toutes choses l'amour est le poids qui nous incline et nous entraine, ainor meus pondus meum, comme dit si bien saint Augustin. Que si quelques-uns avaient besoin qu 'on le leur recommandât plus simplement , nous nous bornerions à invoquer en sa faveur ce qui l'a de tout temps justement rendu populaire.

C’est lui qui, mettant l ame en jeu, engendre la bonté. Or, la bonté qui ne sent combien elle importe au monde? combien, si elle venait à disparaître, tout serait appauvri et plus misérable? qui ne la rencontrée d’ailleurs? Qui n'a eu à lui rendre grâces? qui n’a remarqué le divin rayon qu’elle met sur le front de ceux qui la possèdent? « Lorsque Dieu, dit Bossuet, forma le cœur et les entrailles . de l’homme, il y mil premièrement la bonté, comme le propre caractère de la nature divine, et pour être comme

INTRODUCTION

la marque de cette main bienfaisante dont nous sortons (/). » Heureux donc ceux qui sont Jid'eles à cet attribut fondamental de leur nature ! heureux sont-ils, quelle que puisse être l’humilité de leur condition ! plus heureux encore, si une intelligence cultivée, se mettant au service d’une vraie bonté, permet à cette bonté d’être agissante et de se répandre avec abondance. Ils apparaîtront comme les véritables enfants du Père céleste : ils seront la lumière de leurs frères ; c’est vers eux qu 'on se tournera, ils posséderont et consoleront les cœurs ; leur mémoire demeurera longtemps en bénédiction.

Entre tous sera bénie la jeune fille qui, dès son entrée dans la vie, aura su comprendre et pratiquer toutes ces choses. Les hommes aiment tant à rencontrer la vertu dans la jeunesse!

Puis c’est en vérité une si charmante créature! Elle a tous les attraits. Elle porte en son cœur une vive image de la Beauté et de l’Amabilité infinies. C’est à elle qu’il faut appliquer cette

(i) Oraison funèbre du prince de Condé. Fénelon, traduisant chrétiennement Sophocle, a dit dans le même sens : « Il « n'y a que les grands cœurs qui sachent combien il y a de « gloire à être bon. » Et Lacordairc : « Par-dessus toute « chose soyc 7 bon ; la bonté est ce qui ressemble le plus d « Dieu, et ce qui désarme le plus les hommes. «

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