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belle parole : « Semblable à l'aurore qui se lève sur les montagnes, la femme qui a orné son âme et qui est bonne répand la joie dans toute sa maison (Y . » En l'apercevant, les plus endurcis sont conduits à songer au bien , et, comme Dante disait de Béatrice , ceux qui ont conversé quelque temps avec elle ne peuvent pas mal Jinir. Enfin, ce qui met le comble à sa gloire, l'Eglise ellemême, qui se connaît, comme on en convient, en beauté et en dignité morales , semble placer en elle ses meilleures complaisances et la proposer comme le chef-d’œuvre des mains du Tout-Puissant.
Nos lecteurs savent peut-être , en effet, avec quelle prédilection marquée la liturgie romaine célèbre les jeunes saintes. Volontiers un peu monotone dans ses offices ordinaires , elle s'anime tout à coup dès que revient le jour où quelque noble enfant donna amoureusement sa vie pour son Dieu, et alors c’est un enthousiasme, un transport où la poésie entre et déborde de toutes parts. Tout l'intéresse, tout lui parait digne de louanges en ces vierges du Christ, comme elle les nomme. Tantôt elle leur prêle gracieusement
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les joies un peu Ji'eres de l’enfant qui s’éveille à la vie comblée des biens de ce monde. « Je suis noble et de race illustre, fait-elle dire à sainte Agathe, et de cela toute ma parenté fait foi. » Il est vrai que la jeune sainte ajoute bientôt , comme pour corriger ce premier mouvement :
« La suprême noblesse c’est celle où l’on fait profession de servitude envers le Christ. » Tantôt , par une sorte d’interprétation de ce qui dut souvent se passer en elles, elle suppose de touchantes harmonies entre leurs sentiments intimes et les plus doux spectacles du monde extérieur. « Au moment où l’aurore allait faire place au jour, Cécile éleva la voix et s’écria : « Allons, soldats du Christ, rejetez loin de vous les œuvres ténébreuses, et revêtez-vous des armes de lumière. » D’autres fois, et plus souvent, elle admire qu’en un âge si tendre elles aient pu déjà échapper à la mobilité et montrer une si ferme résolution.
«,Ce fut l’amour divin, dit-elle, ce fut le Saint- Esprit qui les fixa par un poids si fort qu’ensuite elles n’eurent plus aucune inconstance. » Ou encore, songeant qu’ elles aiment à se nommer les épouses du Christ , elle loue en elles cet Epoux royal et voit dans leurs vertus l’ouvrage et la marque irrécusable de sa divinité. « C’est notre
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foi que le Christ, Fils de Dieu, est vrai Dieu, puisqu’il a su se choisir et se préparer de telles servantes (1)! »
Du cœur d’humbles jeunes filles remonter jusqu' à la divinité, quelle conclusion hardie? Pro-
i) Credimus Christtim Filium Dei verum Deum esse, qui sibi talem eligit famulam. Touchant rapprochement ! M. le comte de Montalembert, admis en ces derniers temps à voir de près, lui aussi, une vierge du Christ, a, sans le savoir probablement et par le seul mouvement de son propre coeur, reproduit l’affirmation de ces vieux chrétiens, nos pères. Etonné de rencontrer Ja.is une enfant chérie l’élan , l’allégresse, toutes les saintes énergies qui, depuis tant de siècles, entraînent des milliers d’adolescentes dans les âpres sentiers d’une vie parfaite, il a jugé, comme ils avaient jugé, qu’il ne faut pas moins qu’un Dieu pour déterminer de tels prodiges : « Quel est donc, s’écrie-t-il en terminant d’admirables pages, quel est cet amant invisible qui attire ainsi à lui la jeunesse, la beauté et l’amour ? qui apparaît aux âmes avec un éclat et un at.rait auquel elles ne peuvent résister? qui fond tout à coup sur elles et en fait sa proie ? qui prend toute vivante la chair de notre chair et s’abreuve du plus pur de notre sang ? Est-ce un homme ? Non; c’est un Dieu. Voilà le grand secret, la clef de ce sublime et douloureux mystère. Un Dieu seul peut remporter de tels triomphes et mériter de tels ahan dons. Ce Jésus, dont la divinité est tous les jours insultée ou niée, la prouve tous les jours, entre mille autres preuves , par ces miracles de désintéressement et de courage qui s’appellent des vocations. Des cœurs jeunes et innocents se donnent à lui pour le récompenser du don qu’il nous a fait de lui-même, et ce sacrifice, qui nous crucifie, n’est que la réponse de l’amour humain à l'amour de Dieu qui s’est fait crucifier pour nous. ('Moines d’Oeeidenr, F* VoL. Epilogue.j
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clamer leurs œuvres si hautes quelles ne peuvent être expliquées que si un Dieu habite en elles, quel éloge extraordinaire ! Et pourtant ni cette conclusion, ni cet éloge, ne seront contredits par aucun de ceux qui sont attentifs; tant il y a de force qui s'impose dans cet heureux assemblage de douceur et d'intrépidité, d'intelligence et de tendresse ! tant ces chères enfants, élevées à l'école de Jésus-Christ et toutes remplies de son Esprit, révèlent sa présence et répandent son parfum au milieu des hommes.
Je ne fais pas un panégyrique et ne veux rien exagérer. On ne trouvera en Mademoiselle Ferrucci ni une Cécile, ni une Agathe, ni une Catherine d'Alexandrie. Sa grâce est plus humaine. Mais qu elle est belle encore, et comme Dieu s’y montre aussi! Toute jeune, l’infortune ou seulement ce qui avait l'apparence de l’infortune, l ’émut ; les pauvres, les orphelins, les lombes abandonnées, qui, disait-elle, lui faisaient mal, jusqu’aux oiseaux, qui, durant les froids hivers , trouvent difficilement leur pâture , elle plaignait tout, voulait porter partout la main secourable et le divin sourire de la bienfaisance. Son âme respirait la bonté et la compassion. El alors s'accomplit en elle ce que Dieu nous pro-
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met dans Isaïe. « Quand vous aurez \ersé votre âme dans une âme affligée et que vous aurez ainsi rempli l'affreux vide que la douleur y avait creusé, une lumière jaillira de vos entrailles, et le fond opaque et ténébreux que vous portiez en vous brillera comme le soleil à son midi (i\ » Son cœur se dilata : elle comprit que l'amour, comme une onction sacrée , doit se mêler à toutes nos œuvres, qu il est la forme dernière de toutes les vertus, le couronnement s l imité de toutes les vies; et, plus instruite à vingt ans que ne sont bien des vieillards, elle écrivit ces paroles excellentes : « La charité ne consiste pas seulement à compatir aux souffrances des pauvres. C'est une vertu bien autrement étendue-, il n'y a pas un de nos sentiments où elle ne puisse entrer et qu'elle ne transfigure. Elle est dans la patience, dans l'humilité, dans la foi, dans la justice, dans la force d'àme, dans la soumission aux supérieurs, dans le mépris du monde, dans le désir du ciel. Pure lumière émanée de Dieu, elle est infinie comme lui, et quiconque la porte dans son cœur est tenu d 'en faire sentir la divine chaleur à toute la terre. » Comment s’étonner après cela qu'a son tour
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Mademoiselle Ferrucci ail passé pour une des plus douces apparitions que la bonté divine nous ait ménagées? que, meme sans lui parler, on aimât , tant il y avait de sérénité céleste dans ses traits, à la voir s'avancer par les chemins? enfin que sa mère, qui fut toujours son témoin, et comme sa seconde conscience, ait pu écrire quelle adorait la Sagesse divine dans cette enfant, et que sa sainteté lui inspirait un respect religieux qui parfois la faisait trembler devant elle ?
Il faudrait raconter maintenant tout ce quelle dut aux jours fortunés de ses fiançailles; je m 'en garderai bien, parce que déjà j’en ai dit quelque chose, et surtout parce que, l’abbé Perreyve en ayant fait son sujet principal, il n’y a pas à y revenir r . Mais volmtiers je m 'arrêterai à ses
(i) Voici, dans leur intégrité, les principaux passages où M. Perreyve parle de l'amour de Mademoiselle Ferrucci : « Deux ans environ avant sa mort, Rosa Ferrucci avait été fiancée à un noble et excellent jeune homme de Livourne que Dieu semblait avoir fait digne d'elle. Une tendresse profonde unissait ces deux âmes qui devaient rester sœurs. Les mœurs simples et douces de la bonne société italienne leur permettaient de se voir souvent, de s'écrire presque tous les jours. Une entière conformité de foi, de piété, de saints désirs, confondait encore ces cœurs déjà si fortement liés l'un J l’autre; mais un rayon plus céleste passait constamment de
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derniers moments. Que ces jeunes mourantes nous attachent donc aussitôt que leur vie a eu
F âme de Rose dans celle de Gaëlano. A travers scs joies, ses espérances, les fêtes de ses noces, les rêves de l’avenir, celte pieuse jeune file voyait toujours Dieu. Une idée immense, insatiable, dominait tous ses désirs : l'idée de la perfection. Elle fixait du regard, à travers le voile de ses aurores joyeuses, le soleil divin de l’éternelle beauté. Son bonheur embellissait la terre, mais la terre embellie lui rappelait aussitôt le ciel ; son amour mettait sur ses lèvres le commencement d’un chant, mais le chant devenait bientôt cantique et s'achevait toujours pour Dieu. C'est ce passage insensible, presque involontaire, ignoré à soi-même, d’une affection de la terre à l’ardeur de F amour divin et de la perfection qui fait toute la beauté des lettres que l'on va lire. Le lecteur ne devra pas oublier qu’elles sont presque d'une enfant, et que tout ce qu’il y eut de maturité dans cette jeune âme lui vint de ce soleil de la foi chrétienne dont les flammes hâtent la fécondité de l'intelligence dans Yenfance conservée du cœur.
C’est la gloire du christianisme d’avoir rendu possible, fréquente, cette sainteté de l’amour que la philosophie antique poursuivait dans ses rêves, mais dont elle n’avait jamais ni contemplé ni donné l’exemple. C’est la gloire du christianisme d’avoir si bien instruit, si bien dirigé le cœur de l'homme, qu il en a fait ce cœur à la fois si virginal et si fort, capable d’aimer plus et mieux que jamais tout ce qu'il faut aimer sur la tei~re, et capable à la fois de l'aimer toujours moins que Dieu! C’est la gloire du christianisme d'avoir fait qu'une enfant, non pas un philosophe, non pas un poète, mais une simple et pieuse enfant réalise, sans le savoir, dans son cœur tout ce que la sagesse des hommes avait conçu de plus sublime : le passage continuel, incessant, de l’amour, des ombres de l’être et de la beau'é à l’être infini et à l’infinie beauté, des « fantômes divins, » comme parle Platon, à la réalité éternelle. C’est la gloire du christianisme d’avoir en toutes
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