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un peu de grandeur! La Grèce — la Grèce a tout pressenti — aimait à s’en donner le spectacle, et son théâtre a souvent retenti, aux acclamations delà multitude, de leurs suprêmes et tristes adieux. Antigone, Iphigénie, Polyxène, qui de nous, à deux mille ans de distance, n’a payé à ces héroïnes le tribut de ses sympathies et de son émotion? On est si heureusement surpris de les voir accueillir leur dernière heure avec résignation, avec douceur, parfois même, diraiton, avec un éclair de cette forte et divine espérance que le christianisme a déposée en nous. Elles demeureront l'impérissable attrait de la tragédie antique. Et cependant, si grandes qu'on les ait rêvées, nos jeunes chrétiennes les ont dépassées dans la mort comme elles les avaient dépassées dans la vie. C’est surtout auprès d’elles
choses ouvert à l'homme ui chemin vers Dieu, de lui avoir enseigné à se faire de toutes scs affections comme autant de degrés pour arriver à l'amour absolu : « Asccnsiones in corde suo disposuit. » C’est enfin la gloire du christianisme d’avoir fait ce prodige , qu'une sainteté si extraordinaire, une perfection si au-dessus de l’homme ne détruisent ni ne gênent en rien les pures affections de la terre, en telle sorte que les saints ne vont pas à aimer Dieu seul à force de n’aimer personne, mais à aimer tout le monde plus qu’euxmémes, à force d’aimer Dieu plus que tout! »
INTRODUCTION
que la mort a vraiment perdu son horreur et son aiguillon. Par le calme avec lequel elles ont affronté le redoutable passage, par leur attitude libre et joyeuse, elles ont donné au monde comme une démonstration vivante de l’immortalité dont Dieu nous a couronnés. Aussi comme leur tombe est devenue glorieuse! comme on s’est empressé de toutes parts d’y apporter son concours et ses religieux hommages ! comme on a tenu à se raconter les uns aux autres, à transmettre à la postérité toutes les paroles, tous les actes de leur témoignage ou de leur martyre! Il semble que ce sang virginal, coulant à fots, ait saintement passionné et , si l’on peut ainsi parler, enivré notre Mère l’Eglise (i). Ne craignons pas de le dire, voilà les vraies aînées de notre jeune Italienne. Elle n'a pas, sans doute , immolé sa vie comme elles; mais il n’y a aucune exagération
(i) Non-seulement l'Eglise, mais aussi les vrais artistes qui vont si volontiers à ce qui est noble et délicat. On ne saurait imaginer avec quelle infatigable complaisance les peintres ont travaillé à nous représenter les saintes des premiers sièc'es, sainte Cécile surtout et sainte Catherine d’Alexandrie. Ils trouvaient dans leur noble vie et dans leur mort plus noble encore un idéal de jeunesse et de beauté qui répondait à tous leurs rêves et enflammait saintement leur génie.
INTRODUCTION
à croire que c’est à leur façon et avec leur esprit quelle est retournée à son Père et à Dieu.
Ave^-vous, parfois, du rivage, aperçu quelqu’un se jouant tranquillement sur la surface des eaux? Que tout à coup la mer s’enfle et qu’accourre par bonds précipités la vague qui tout à l’heure va submerger le nageur imprudent, d’abord, en le soulevant, elle semblera l’aider et donner à son mouvement plus de rapidité et d’élan. Ainsi fit la mort pour Mademoiselle Ferrucci. Elle la trouva ouvrant sa voile aux souffles les plus doux, et, avant de la briser, elle agrandit encore et exalta chrétiennement tous ses sentiments. « Volontiers, » ce fut sa réponse aussitôt qu’on lui eut fait connaître quelle devait se préparer pour une vie meilleure. Et, après avoir reçu les sacrements : « Quelle force sainte on trouve dans le Viatique! Ah ! croye^-le, mère, si quelqu’un craignait la mort, il cesserait de la craindre après avoir reçu l Eucharistie. » Sa mère ne pouvant, comme toutes les mères, se résoudre à croire à une séparation et lui promettant qu'elle guérirait : « Toute la journée, je n'ai pu penser qu’à la mort. Si vraiment Jésus me veut, ne faut-il pas qu’il me trouve prête ? »