‹ Rosa Ferrucci sa vie et ses lettres publieesChapitre 8 sur 20 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

INTRODUCTION

Le délire survint, et ion sait combien, dans le délire, l agitation de i intelligence ressemble à ce flot impétueux et violent dont je parlais tout à l heure. Rien ne fut changé : un mouvement plus vif, mais les mêmes aspirations et presque les mêmes paroles : « Allons, chère maman, adieu; ma maison tiest pas ici, ma maison est làhaut; allons, parlons, adieu. » En même temps elle demeurait souriante , appelait doucement son père, se préoccupait du sort de ses pauvres , et accueillait avec sa grâce accoutumée une amie qu’ elle croyait voir approcher de son lit. Jamais âme, dans ces premiers jours, ne parut plus douce envers la mort : on eût dit quelle entendait l'appel d'en haut, et que, tournée vers Dieu depuis son enfance, il lui semblait naturel et facile d’aller se réunir à lui.

Une si verte jeunesse ne pouvait cependant être détachée de la terre à la manière d’un fruit mûr, sans effort et sans déchirement . Comme cette Antigone que les Grecs ont tant admirée, asse\ généreuse pour sacrifier sa vie à ce qu elle croyait son devoir et conservant asse\ d’humain pour s’attendrir et se plaindre aux approches d’un supplice qu’elle avait appelé ; comme notre

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Jeanne d’Arc, plus grande encore, qui pleurait, malgré d’immortelles espérances, en s'avançant vers le bûcher qui allait la dévorer ; comme tant de saintes héroïques, Mademoiselle Ferrucci ne pouvait voir la mort s’approcher sans passer par l’émotion et par un trouble douloureux. Aussi bien, qui eut jamais à rompre des liens plus vivants et plus doux? Cette famille dont elle était aimée et qu’elle aimait ; cette mère à l'âme de laquelle son âme était collée \ ce fiancé aux côtés duquel elle s ’était promis de marcher joyeusement vers tout bien et toute vertu; cette patrie italienne dès lors agitée et * frémissante, et qu’au milieu de bouleversements qu on pouvait prévoir, la courageuse enfant eût voulu de toutes ses forces garder à l'honneur et au Christianisme ; en un mot, toutes les joies innocentes et toutes les nobles espérances de la vie, voilà ce qu 'il lui fallait abandonner, et cela sans s'y être attendue, au moment où son âme s’élancait dans un avenir plein de promesses.

Ah ! nous sommes hommes, et à la vue de cette îeune fille ainsi surprise et pleurant tant de chères et saintes affections, les plus austères d’entre nous ne se refuseront sans doute pas à admirer : ils trouveront que ces larmes étaient

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