‹ Rosa mysticaChapitre 10 sur 24 · DÉCADENCE · texte numérisé non relu

DÉCADENCE

O Décadence I Gloire!... — A nos aïeux antiques, Frères, chantons en chœur de triomphaux cantiques I

— Stace I Apulée, et toi, chèvre-pieds Martial, Poëtes décadents I Notre chant filial

Doit vibrer jusqu'à vous, nos ancêtres de Rome !

— Jusqu'à toi, Ciaudien ! — A toi, Juvénal, homme Dont la colère a fait flamboyer sur César

Le formidable arrêt, terreur de Balthazar !

— '■ Glorifions vos noms illustres, ô nos Maîtres I Que notre gratitude, enclose au cœur des mètres Retentissants, s'essore et vole à vos tombeaux Chanter l'hymne pieux des poëtes nouveaux ; Et répande à foison, sur vos cendres chéries. Nos hommages, tressés en couronnes fleuries I

130 CHOSES d'art.

Comme vous — nous ferons scintiller des joyaux

En notre style, et sculpterons, en des noyaux,

De fabuleux palais aux colonnades folles !

— O Lilliput I ô rêve I... Et nos rimes frivoles

Tintinnabuleront, clochettes de saphir

Et d'émeraude, au vol effréné du zéphyr,

En des beffrois où la fourmi la plus petite

Se blottirait — comme un soldat dans sa guérite.

Et nous enlacerons, en des rhythmes subtils,

La rareté de nos sentiments, fussent-ils

Plus ténus que des fils de vierge, et plus étranges

Que les tissus orientaux aux riches franges I

Décembre 1883.

Labeur stérile

OuR son front jeune encor FEspoir se réverbère. La foi le transfigure ; il s'acharne, et courbant Sa fierté maladive au labeur absorbant, Tend à la Gloire humaine une lèvre impubère.

Mais la Gloire est rebelle aux enfants ; elle accourt Baiser au front Tartiste^ et chanter son génie, Quand, vieillard insensible à ce semblant d'amour, Il râle et se débat aux mains de l'agonie.

L*humble inconnu, défunt, est proclamé géant ; La Gloire sur sa fosse élit un sanctuaire, Et là, veille et larmoie aux portes du Néant, Comme un cierge banal sur un drap mortuaire.

Août 1S84.

Tueri dùm Sumusl

A forêt verte chante en sa robe de fête.

Écoute, jeune enfant qui seras un poëte :

Car de tes yeux bistrés, avides d'infini ,

Le stupide enjoûment puéril est banni ;

Et tu marches, rêveur, grave — presque morose,

Beau comme un lilas blanc, ou mieux comme une rose

Très pâle ; et tes cheveux bouclés flottent au vent,

Et, dans ton faible corps, palpite un cœur fervent I

Ami, recueille-toi : Lève ta jeune tête

Au ciel ; ouvre tes yeux scrutateurs; ô poëte !

Écoute tous les chants des brises, tous les chants Des oiseaux — si mélancoliques et touchants, Ou, comme un rire clair, ruisselant d*allégresse ! Sur ton front consacré, déjà la Muse tresse Le laurier noir, et les épines, et les fleurs Oii brille la rosée — où scintillent des pleurs I Contemple les beautés! Écoute les cantiques I Ouvre toute ton âme aux effluves mystiques, A présent que tu peux sentir!... — Puisque demain, Lorsqu'au deuxième pas du périlleux chemin.

Tu voudras, (en un chant concentrant ton génie,) Rouler sur les jaloux des fleuves d'harmonie : Mon enfant, si tes yeux sont éblouis encor Du Beau perçu jadis, et si les chansons d'or Vibrent dans ta mémoire, emplissent tes oreilles — Tu pourras condenser les Visions vermeilles Et l'Harmonie, et les Splendeurs, et tout l'Azur Dans la strophe enflammée et dans le rhythme pur;

PUERI DUM SUMUSl l]^

Souffleter Tenvieux, de tes ailes d'archange, Et le rouler dans sa défaite et dans sa fange I — Mais par malheur, ami, si ton œil, (oublieux Des spectacles anciens; n'ayant plus, vers les cieux, Le regard qui devine et l'éclair qui pénètre,) S'ouvre sur la Nature, afin de la connaître Tardivement, hélas !... Tu verras — mais en vain : Aux seuls enfants la clef du mystère divin !

Lors, tu ne percevras que des choses banales. Et le baptême saint des larmes matinales Ne pourra plus sacrer ton front,

— Ami, crois-moi :

Verse tous les trésors naïfs de ton émoi.

Ainsi qu'en un flacon, dans ta jeune mémoire ; Et tu sauras, un jour, l'Extase évocatoire I

Juin 1884.

c4 la Dédaignée

Mtue, qui donc a-tm, dhe consolatrice Qui sur mon front lassé posa ta livre en fieur ? Ta bonté vient sourire i ma jeune douleur.

Et tu marcha front haut, comme une impératrice. Souvent je me demande, â spectre radieux.

Lorsque vient ton baiser en aide â ma détresse, (Tant il est délirant,) s'il est d'une maîtresse. Ou d^une mère, (tant il est chaste et pieux !) Pour tendre que je sois, je te rapecte encore : Mère, je te chéris ; — amante, je f adore !

fOMME Athènè du front de Zem^ ô Muse altière Qu'évoque notre amour jamais rassasié, Déesse, tu naquis du front extasié Des aèdes, charmeurs de Tinerte matière. Or, tu fus faite ainsi : — le Poëte pieux.

Ouvrant sur l'infini son œil visionnaire^

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