‹ Rosa mysticaChapitre 5 sur 24 · LE POUR ET LE CONTRE · texte numérisé non relu

LE POUR ET LE CONTRE

lYl AJESTUEUX Néant des choses abolies !

Sépulcre des Grandeurs et linceul des Folies I

Gouffre vorace ! Mer insondable ! Lac noir !

Oubliette creusée au ventre du manoir I

Fosse commun e, où ta chaux vive, Indifférence, Ronge la Gloire humaine et l'humaine Espérance !

l'oubli. 107

où se sont écroulés de vieux cultes défunts, Embaumés dans l'orgueil des mystiques parfums ;

Où s'eflFondrent les Noms, les Œuvres et les Actes Avalanche éternelle! Énormes cataractes!

Oubli! faste ironique et hautain du tombeau ! Défi qu'il jette à la longévité du Beau !...

Oh ! sous le soleil cru, qui nous saura décrire Les sépulcres en cercle et leur éclat de rire >

C'est là votre rictus, ô crânes impudents

Qui montrez la hideur de vos trente-deux dents !

— Trépas ! [destruction physique] , je t'adore Et te hais : je bénis et je maudis Pandore.

— Je t'aime et je te hais, de vertige rempli, [Destruction morale], inéluctable Oubli !

I08 FLEURS d'oubli.

Car tous deux vous brisez en sa fleur la Souflrance, Et par vous poind au ciel Taube de Délivrance;

Mais vous tranchez l'Orgueil et la Gloire, tous deux» O Spectres à la faux, superbement hideux !...

Janvier 1884.

Cœlestia fata

(tercets cosmiques)

LOBE pétrifié, lépreux et froid — la Lune Errant, défunte, au cîel, roule son infortune : — Vous périrez ainsi, Jupiter et Neptune !

Mercure, Uranus, Mars, ainsi vous périrez I Et toi, Saturne, effroi des esprits timorés I Et toi, Vénus, témoin des cœurs énamourés !

Et tu mourras aussi, nourrice auguste, ô Terre ! Le vieux Soleil, mélancolique et solitaire, Luira sur le néant du monde planétaire :

IlO FLEURS d'oubli.

Sur les tombeaux errants des peuples abolis, Des grands peuples drapés au linceul des Oublis, Au linceul noir dont rien n'agitera les plis...

Ironie!... — Où seront à cette heure, planètes,

Vos arbres verts ? Vos fiers palais ? Vos grands poëtes ?

Vos conquérants ? Vos Astartés? Vos proxénètes ?

Où vos savants ployés au faix de leurs cerveaux > Où vos trésors de vie exubérante ? Où vos Zéphyrs dont flottait l'aile et par monts et par vaux >

— Plus rien... Mais le Soleil vieillissant, malitorne^ Dardant son œil igné par l'espace sans borne, Verra de ses fils morts errer le cercueil morne 1...

Lors, évoquant l'orgueil des siècles radieux Où sa postérité peuplait les vastes cieux, Le Soleil maudira la cruauté des dieux;

COELESTIA FATA, III

Puis^ aïeul attristé que l'abandon torture, Lui-même refroidi, vêtant Técorce obscure, (Tels autrefois Vénus, et la Terre, et Mercure),

Le Soleil, à son tour fleuri, vivant encor.

Continuera son vol effaré de condor, Aveugle — par le ciel fourmillant d'astres d'or.

Janvier 1884.

Jour terne

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