‹ Rosa, ou, L'héroïne filialeChapitre 9 sur 27 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Rosa sollicile du service dans le château ennemi.

Rosa , dans son nouveau (Costume , et ac- ( ompagnée d'Agnès , était parvenue heureusement au bout de la forêt. Son cœur se brisa lorsqu'elle aperçut Fichtenbourg et l'antique tour de son clocher. « Peut-être , se disait-elle, est-ce dans cette tour même que gémit mon pauvre père? Que fait-il maintenant? Le chagrin et les souffrances ne Pont-ils pas consumé? vit-il encore?

Ah î si je pouvais parvenir jusqu'à lui ! si Dieu pouvait conduire mes pas et me faire trouver grâce et faveur chez les hommes devant lesquels je vais me présenter! » Et Rosa dit adieu à Agnès et continua sa rouie toute seule. Lorsqu'elle fut parvenue au haut de la montagne , et qu'elle fut entrée dans le bourg , résidence des seigneurs de Fichtenbourg, elle aperçut aussitôt, dans

la cour du château, Kullericli à cheval, revêtu d'un magnifique hahit vert galonné en or, et la tête ornée d'un grand et superbe plumet. Il était accompagné d'un nombre considérable de valets et de piqueurs, et se disposait à partir pour la chasse. Les genoux de la pauvre Rosa s'affaissèrent sous elle lorsqu'elle reconnut le cruel ennemi de son père ; elle s'assit , pour ne pas tomber a la renverse , sur un banc de pierre qui était à coté de la porte du «bateau. Dans cet instant , les cors de chasse retentirent , et le cortège passa près d'elle. Rosa se leva ; mais l'orgueilleux chevalier regarda à peine cette pauvre fille tremblante, et franchit la porte du château au grand trot. Rosa retourna s'asseoir sur le banc ; son cœur était dans une anxiété inexprimable. Elle pensait que ce qui était le mieux pour elle, c'était d'attendre qu'on lui adressât la parole. Au bout de quelques minutes, elle vit arriver des enfans , un garçon et une jeune fille ; ils s'arrêtèrent à quelques pas d'elle. Rosa les salua avec amitié, et leur demanda leurs noms. Ils les lui dirent, et devinrent

— 8o — aussitôt plus familiers. Hotmar, c'était le jeune garçon , découvrit la corbeille qu'elle avait posée à côté d'elle sur le banc , et regarda ce qui s'y trouvait. La petite Berthe, c'était le nom de la petite fille, tendit sa main vers le bouquet de fleurs dont Rosa avait orné son chapeau de paille. Rosa donna les fleurs à la petite fille, et fit présent, aux deux enfans, des meilleurs fruits de son panier; puis, ils se mirent tous trois à causer ensemble comme s'ils eussent été frère et sœurs.

C'étaient les enfans du concierge du château. Celui-ci était à les regarder, en cachette, par une petite fenêtre dérobée, et fut touché de voir une petite étrangère en agir si amicalement avec ses enfans. La prononciation pure et la voix agréable, la mise simple et les manières gracieuses de la jeune fille firent une vive impression sur lui.

11 sortit et fit entrer Rosa dans la chambre. « Qn'as-tu là à vendre? lui dit-il avec amitié. » Rosa découvrit la corbeille , et montra les champignons. Le concierge lui

demanda ce qu'elle en désirait. « Ce que vous en voudrez donner, dit Rosa, car je pense bien que vous ne voudrez pas donner raoins qu'il ne faut à une aussi pauvre fille que moi. — Très-bien répondu, dit le concierge. Attends-moi ici ; je vais porter moimême les champignons à la cuisine du château, et marchander pour toi. Il y a longtemps qu'on ne leur en a apportés ; je te promets que tu ne seras pas mécontente du marché.» Il prit le panier, et s'en alla.

Un moment après, la femme du concierge entre, apportant le dîné. « Que viens-tu faire ici, petite effrontée? dit-elle à Rosa; qui es-tu? que veux-tu? comment as-tu osé te présenter ici , inconnue et sans permission? Sors bien vite, ou je te jeterai cette écuelle par la figure, et te ferai chasser par le dogue qui est là-bas dans la grande cour. »

Les enfans se mirent à intercéder pour Rosa, et montrèrent les fleurs et les fruifs qu'ils venaient d'en recevoir. Le concierge revint en même temps, tenant d'une main la corbeille vide, et de l'argent dans l'autre.

<( Allons donc , dit-il à sa femme , ne sois pas si brutale: c'est une brave fille. Je pensais à la prendre à notre service ; et tu sais que nous en aurions encore besoin ; mais de l'humeur dont tu es , personne ne voudra rester chez toi. C'est moi-même qui l'ai conduite ici. »

c( C'est une autre affaire! dit alors la femme du concierge un peu radoucie , si c'est ainsi , elle peut rester avec nous. Tu ne dois pas être formalisée, ma chère petite , de ce que je me suis mise en colère: on nous donne ici notre pain pour que nous fassions attention aux étrangers, m

Kosa fit une profonde révérence en signe d'approbation , ce qui fit le plus grand plaisir à la femme du concierge. Quand on lui donnait raison, elle était facile à contenter. «Puisque tu as partagé, dit-elle, tes fruits avec nos enfans, tu partageras aussi notre repas avec nous. Viens, approche de cette table, et prends-y place au milieu de nous. » Rosa se mit à table. Les deux enfans lui firent tant de questions qu'elle trouva à peine le temps de porter la cuillère à sa

bouche. Elle leur répondit toujours avec la plus grande douceur, et se comporta envers eux d'une manière si aimable que la mère en fut toute enchanîée. Lorsque Rosa prit en main le panier vide pour s'en aller, les deux enfans se mirent à crier de toutes leurs forces : «Non, il faut rester, il faut rester!— Je serais charmée, dit la mère, si tu voulais rester avec nous. Ne consentirais-tu pas à entrer à notre service ? — De tout mon cœur ! dit Rosa , et je vous servirai avec zèle et fidélité. — Eh bien! dit le concierge, retourne d'abord chez tes parens , et faisleur part de mon offre ; s'ils n'ont rien à objecter, la chose est convenue; tu commenceras ton service ici dimanche prochain. »

Rosa remercia, et courut en toute hâte vers la forêt. Agnès était assise, non loin des trois croix, sous un noisetier, et tricotait; en voyant de loin arriver Rosa, elle se leva toute joyeuse, courut à sa rencontre , et lui dit ; « Dieu soit loué de ce que je vous revois. Vous devez être bien lasse! vous devez avoir faim ? venez , mettez-vous à côté

— sodé moi , sous ce noisetier; j'y ai laissé mon panier rempli de prorisions. Venez, et racontez-moi ce qui vous est arrivé. »

Rosa la suivit : «Ma chère Agnès , lui ditelle , je vois bien que tu m'as attendue pour manger, que tu n'as touché à rien. Mange donc, maintenant; mange donc! quant ä moi, j'ai pris ce qui m'était nécessaire. Je vais cependant m'asseoir pendant quelques instans auprès de toi; mais il faut nous dépêcher, pour ne pas nous laisser surprendre par la nuit. Je te raconterai mon histoire en marchant, et nous pourrons aussi manger un petit morceau en route. » Agnès y consentit, et elles se mirent aussitôt à cheminer ensemble.

Bien en avant dans la forêt , et lorsque le soleil se couchait, elles rencontrèrent le brave charbonnier et sa compagne qui commençaient déjà à être inquiets. Ils furent bien charmés d'apprendre comme tout s'était si bien passé ; mais ils s'affligèrent de ce qu'ils allaient être privés de leur chère Rosa. Pendant tout le reste du chemin , ils se livrèrent tous ensemble aux entretiens les

plus affectueux. Lorsqu'ils eutrèrent dans la vallée, la lune venait de paraître sur l'horizon. Rosa, fatiguée mais contente, entra dans sa chambre. Avant de se coucher, elle se jeta à genoux, remercia Dieu d'avoir béni le commencement de son en- Ireprise, et le supplia avec ferveur de lui permettre de la conduire à une heureuse fin.

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