PATAUD
jEtjtaK!.,-' D L y avait aiitreIoi5, il y a bien longteniix'î,
à Jrari.s, un nrave Auvergnat, V^ouitant
jV\.AL,VERNI. bien connu des habitués au
X ont-acs-Arts. 11 était commissionnaire
ae son état, et tous les matins, à sept lieures en
été, à nuit beurcs en hiver, il s installait au coin
au pont avec sa caisse à cirer les chaussures et le
crochet nui lui servait à charger les malles et les
lM lardeaux nu ou lui donnait à transporter, v- était un
petit homme sec, nerveux à la hgure tannée par le
giand au-, dur à 1 ouvrage et dune honnêteté scru-
l| pulcusc. J,cs habitauls du quartier le chargeaient
volontiers àcs commissions exigeant une personne de
conhancc. il n y avait, à cette époque, ni téléphone,
ni correspondances pncuuiatiques. J,es tram\s^ays,
le métro, les automobiles étaient inconnus et, pour
laire les courses dans xaris, quand on n allait pas
à pied, o'n se servait généralement des omnibus qui
parcouraient la ville en tous sens, mais qui.
naturellement, ne marcliaient pa.s très vite. Aussi,
quand on avait à faire faire une commission pressée,
était-on f)ien aise (lavoir sous la main une personne ^^-\'\., ~™„„„,
sûre et intelligente comme l^onstant. Un sa qualité 0/=^ ■ ^
tic cireur, le commissionnaire avait des clients attitrés;
certains Ivlessieurs , entr autres, qui se rendaient ^
régulièrement à 1 Institut, situé tout près du Font-
des- Arts, ne manquaient pas de s arrêter près de IJ'; Constant, pour faire nettoyer leurs ckaussures quand elles en avaient besoin.
Un jour qu il était à son poste, comme dliaftitude. Constant vit arriver une troupe de i gamins qui traînaient derrière eux un ckicn auquel ils avaient attaclié une corde au cou. ils descendirent sur la lierge et lancèrent la pauvre bête dans la Seine, avec 1 intention évidente de la noyer. Le malkeureux cliien faisait des efïorts désespérés pour regagner la rive, mais les garnements lui jetaient des pierres et le repoussaient cliaquc lois
ijii/ 'iiilliliwililllllli
fs y^.i-jrt&t
IhlI'J"
qu il voulait aborder. V^onstant ne pouvait supporter de voir jjialtraiter les animaux ; il descendit à son tour au bord du fleuve et, attrapant celui des polissons qui paraissait le plus acnarné, se mit à lui Irotter les oreilles d importance. J<e mécnant gamin poussa des nurlements , et sç:s camarades, craignant d être corrigés à leur tour, se sauvèrent à toutes jambes. i ie pauvre cnien, à bout de lorces, n arrivait plus que péniblement à se maintenir sur
I eau. v.onstant se pencna vers lui et put le saisir au moment oîi il allait être entraîné par le courant.
II le tira sur la berge où le pauvre animal resta épuisé, lialetant, sans pouvoir bouger pendant plusieurs minutes. 11 se remit eniin et iixa sur son sauveur un regard si tendre, si reconnaissant, que l^onstant en tut tout remué l^e mécnant garçon qui avait voulu noyer le cnien s était enlui dès qu il avait pu s échapper des mains de x-onstant et ce dernier, assez embarrassé, ne savait trop que taire du pauvre
animal qu il venait de sauver, -lensant qu il saurait bien retrouver le cnemin ae la maison de son maître, il le laissa se sécner au soleil et remonta reprendre sa place accoutumée au coin du pont.
A peine installé, v^onstant aperçut le cnien qui avait suivi ses traces et s approcnait en remuant la queue. 11 caressa la pauvre bête qui lui léclia la main en levant sur lui ce regard dont 1 éloquence avait déjà touclié le brave Auvergnat. V^onstant considéra alors plus attentivement 1 animal. K- était un canicne , jeune encore, mais d une maigreur ellrayante. il était gris, strié de brun ; ses longs poils, encore numides, étaient emmêlés d une tacon lamentable et couvraient en partie des yeux intelligents.
« C^ue
s-ie taire dt
ibot?
e vais-je laire ae toi, mon pauvre cabot : « dit à demi-voix V-onstant en regardant le cKien qui s était coucné à ses pieds.
^g J-iC canicne semblait comprendre et répondait
Htfooj^/j'/,
en agitant laihlement la queue. Le commi.'isionnaire tira une croûte de pain de 5a poclie et la tentlit au cnieii qui la dévora avec avidité.
c< Oi ce n est pas une pitié,» continua Constant en poursuivant son monologue, » de laisser ainsi périr de laini une pauvre bète comme celle-là et, après
I avoir allamée, vouloir encore la faire noyer par ces mécnants gamins ! ... a
J,a journée se passa sans incident ; le caniclie
II avait pas quitté la place qu il avait adoptée à côté de la caisse au commissionnaire. -Le soir venu, ce dernier prit son crocket, chargea son attirail sur son dos et se mit en devoir de regagner sou logis. -Le chien se leva et marclia sur les talons île Constant comme s il n avait fait que cela toute sa vie. Arrivé devant la maison où logeait 1 Auvergnat, ce dernier eut une hésitation. Il craignait, amenant ce nouveau compagnon clans la mansarde qu il occupait a\ec sa femme, les repi'ociies de L
)\^Ko
ménagère aui ne verrait pas a un bon œil une boucne de plus à nourrir, alors que souvent il y avait à peine oe quoi manger pour eux deux.
6 Jjan ! . . tant pis, s se dit en lin de compte le brave nomme, k un cnien comme celui-là se contente de peu. J ai commencé par le sauver ce matin, je ne puis pas 1 abandonner maintenant.»
l ia réception que lit la lemme du commissionnaire au nouveau venu, ne tut pas précisément cordiale, mais, en somme, elle prit assez tacilement son parti de cette adoption, et le cnien qu on avait baptisé "ATAUD , lit bientôt partie de la tamiUe.
v-onstant n eut pas à se repentir de sa bonne action. x ATAUD devint pour bu un compagnon et un ami qui ne le quittait ni le jour ni la nuit. J(e matin, ils partaient ensemble pour le X ont-des-Arts et bientôt les clients du commissionnaire connurent tous PATAUD qui montait la
Htl^oul^D
garde près tie la caisse quand son maître était en course et avait conimanaé au cliien de rester là. -L intelligence remarquable de PATAUD se dévelojipait sous 1 inlluence des oons traitements et de laltection que lui témoignait son nouveau maître.
Lx est précisément pour vous raconter quelques traits de ce merveilleux instinct que j ai commencé cette Histoire.
L-omme je vous le disais, PATAUD avait bientôt lait la connaissance des clients qui venaient régulièrement taire cirer leurs bottines par Constant, et plus d un lui apportait, de temps en temps, un morceau de sucre ou une triandise.
A la suite d un exploit, où le brave cnien se couvrit de gloire, un vieux .Monsieur de 1 institut voulut 1 acheter et en ollrit un prix élevé à Constant. ^i.ais PaTAUD n était pas à vendre, et le commissionnaire pensait bien ne jamais s en délaire.
rt-
Voici 1 aventure dan5 laniicllc notre caniclic 5 était narticiilicrcment ili.stingiié :
xar une aprci-midi nluvieii5c, où la cliaussée était couverte ac bouc , une dame , en traversant le pont, lut éclaboussée par une voiture qui venait du nuai au grand trot. Désireuse de réparer cet accident, elle s approciia de V^onstant pour taire nettoyer ses bottines et sa robe, et déposa sur
I escabeau du commissionnaire, un réticule qu clic tenait à la main. Un mauvais sujet, qui rôdait aux environs, lavait observée et, s anprocliant sans être remarque, profita d un moment où V^onstant, muni d une brosse, était baissé, pour s emparer du petit sac et disparaître dans la toule des passants.
II croyait n avoir pas eu de témoin, mais avait
rejoint ,
compté sans i ATAUD qui veillait comme un Lrave clilen qu il était. lin voyant Iiler le voleur, le caniclic s élança à sa poursuite et, 1 ayant bientôt le saisit par son pantalon en aboyant
' ifl i'
iiÇi!i|!'iïfp!!ii'''\,;
ili"ii