LA FOLIE
Le médecin ne put venir que le lendemain matin. Le mendiant le suivait de près : l'aflEaire était trop grave pour qu'on n'eût pas besoin de sa science universelle.
— Eh bien ! compère, demanda-t-il au vieux fermier?
— Eh bien ! répondit celui-ci en secouant tristement le front, qu'est-ce que vous en dites, monsieur du Boisseau ?
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Ce dernier revenait de voir la malade. Il se promena im instant dans la maison, Fair soucieux.
— Rien, dit-il en tournant vers le vieillard sa bonne et longue figure et ses yeux riants que traversait une ombre de tristesse.
— Tant mieux, donc !
— Non, tant pis. J'aimerais mieux une bonne fluxion de poitrine. Et pourtant elle n'a rien de blessé, physiologiquement parlant, elle ne souffre pas ; nulle lésion. Elle n'est pas folle. Je suis fort inquiet.
— Mais, dit le mendiant, quand on est malade, on a une maladie, il ne faut pas savoir tout pour savoir ça, mfapense.
— Si je ne craignais que mes confrères ne se moquassent de moi, murmura le médecin après quelques instants de réflexion, je dirais qu'elle a une attaque d'inertie. Voyons, père Jean, reprit-il à haute voix, quand vous tendiez trop la corde de votre chariot, qu'est-ce qui arrivait ?
Elle se cassait !
— Je ne puis mieux vous expliquer la maladie de votre petite-fille.
— Mais je la raccommodais, reprit le vieillard.
— Ah ! mon pauvre père Jean, si j'avais les instruments qui raccommodent ces cordes-là ! Le temps, la distraction, l'oubU, voilà tout.
— Sauf votre respect, monsieur du Boisseau, dit vivement le mendiant, je ne pense point comme
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VOUS : elle a reçu un coup, eh bien, il faut lui en donner un autre.
— Eh I vieux badaud, un coup et un coup, cela fait deux maux ; tu ne feras jamais que ce soit une caresse. Je reviendrai dans quelques jours; peut-être...
Il remonta sur son grand cheval, vingt fois couronnéj et s'éloigna en secouant le front.
— Savoir ! murmura le mendiant. Ah ! j'en sais plus que les plus grands médecins. Si dans huit jours il ne l'a pas guérie, compère, tu verras ce que je ferai.
Quinze jours se passèrent, rien n'était changé dans rétat de Florine. A peine son beau visage s'était-il allongé et ses grands yeux s'étaient-ils dilatés. Le médecin constatait pourtant qu'elle s'af- . faiblissait de jour en jour, et il s'était en vain ingénié de cent manières pour la faire sortir de sa torpeur.
Elle passait toutes ses journées assises au coin du feu, dans sa chambre. Son grand-père lui tenait compagnie fidèle, mais elle ne le reconnaissait pas. Une fois seulement, quelques brins de neige voltigèrent dans l'air ; elle se leva, alla coller son visage à la vitre.
— La neige, mon père, dit-elle.
Puis elle revint s'asseoir et regarda fixement la flamme ; c'était son occupation continuelle.
Elle ne reconnaissait que les trois personnes qui avaient assisté à la scène dont nous avons raconté
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les incidents : Stanislas, le mendiant et Robertine. Elle les regardait fixement, leur envoyait un sourire, et reprenait son impassible physionomie en face des étincelles. Elle répondait froidement et sensément à tout ce que ces trois personnages lui demaiidaient, mais ne les interrogeait jamais. D'après mainte circonstance où on avait fait allusion à Cyprien, il était évident pour tous qu'elle avait perdu le souvenir de son fiancé.
Elle n^était sortie de son étrange inertie qu'en deux occasions : un dimanche que Robertine avait pris, pour lire à côté d'elle, le volume de Musset dont nous avons parlé, Florine avait fait im bond, et, murmurant avec colère des paroles incohérentes, elle avait saisi violemment le volume, puis elle l'avait considéré avec étonnement et l'avait laissé tomber. Elle montra aussi un mouvement de colère la première fois qu'elle vit M"*® Romanelle, mais ce ne fut qu'une sensation fugitive.
La jeune veuve passait chaque jour quelques heures auprès de la pauvre Rose-de-Noël qu'elle avait toujours aimée. Chose curieuse, la jeune fille, qui ne la reconnaissait pas , éprouvait une joie profonde à se rapprocher d'elle^ avec les gestes d'un enfant qui demande protection, et à s'endormir sur l'épaule de Marthe, — ainsi se nommait la jeune femme.
Ce n'était un secret pour personne^ dans le village et dans le bourg voisin, que la belle, riche et ^r^nae Florine du Bellannoy dépérissait d'amour,
et dans la fenne, comme partout, du reste, les cœurs les plus endormis se sentaient douloureusement émus. Longuavelne seul conservait la plus parfaite égalité d'âme, et s'il n'avait craint le regard profond de Robertine, il eût eu grand'peine à contenir l'expression de sa joie : il entrevoyait un bel héritage.
— Eh bien ! Stanislas, dit-il un jour, je crois que nous causerons bientôt d'un nouveau mariage avec ta belle.
— Vous voulez dire un mariage avec la mort, Fidéri, s'écria le jeune homme. Eh bien ! je vous le dis, j'aime mieux la savoir morte que la femme d'un autre; mais, pour la sauver, je donnerais la moitié de mon bien, Longuaveine. Si vous saviez ce qui se passe en moi, vous seriez effrayé ; je ne sais plus ce que je fais, ce que je mange, ce que je dis ; si elle meurt...
Il se détourna et s'éloigna brusquement pour dissimuler ses larmes. L'amour, si cruel pour la pauvre Florine, avait touché et élevé l'âme basse de ce madré paysan.
— Ils sont tous fous, murmura le fermier en se frottant les mains, jusqu'à Robertine, qui a jeté hier au feu, sans la Ure, une lettre que cet imbécile de Mionnet lui écrivait de Paris !
Le vieux naendiant paraissait, lui, en proie à une véritable fièvre.
— Compère, dit-il enfin, je crois qu'il vaut mieux risquer la tuer en essayant de la sauver que la lais-
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ser mourir. Ces médecins ont beau dire, moi je sais bien qu'un coup et un coup, ça fait deux.
Il alla trouver M** Romanelle, avec laquée il eut une longue conversation. Après quoi il partit pour Boulogne, en refusant une voiture que la belle veuve lui offrait. Qu'était-ce que trois liefues de chemin !
Ce ne fut pas sans un grand battement de cœur que M"® Romanelle entra le lendemain dans la chambre de la malade. Les deux vieillards et Robertine Fy attendaient, tous trois pensifs. Ils ûr^it à la jeune femme une inclination muette et grave qui lui rappela ces lugubres saluts qu'on échange dans 1^ chambres mortuaires. Sa froide et impérieuse jdiysionomie se nuança d'hésitation, et, sans un regard supphant dû vieux Jean, peut-être se fût-elle retirée.
— Vous m'avez promis de ne point reculer, dit le mendiant d'un ton singulier d'autorité. C'est la vie, voyez-vous, madame Romanelle, la vie ou la mort, je le sais bien. Mais c'est le seul remède ; oui, allez jusqu'au bout. Les mots, c'est comnae les balles, cent ne portent point, la cent et unième tue. D'ailleurs, c'est la justice et la vérité, et il faut bien que ces gens la sachent.
— Florine, dit Robertine, veux-tu écouter ce que M"® Romanelle va te dire ? La reconnais-tu, M*»* Romanelle ?
Florine leva ses yeux clairs et qui semblaient rempUs d'intelligence. Elle suivit du regard la di-
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rection du bras de sa cousine, et, après avoir considéré un instant le noble visage de Marthe, elle se leva mollement et vint passer ses bras somnolents pour ainsi dire, autour du cou de la jeune femme.
— Ma bonne Florine, dit celle-ci brusquement, c'est donc bien vrai que vous aimez Cyprien Framery?
On attendait un cri d'angoisse, un bond de colère ou de douleur ; Robertine avait mis sa main sur ses yeuz, le vieux Jean s'était à demi détourné; le mendiant lui-même retenait sa respiration. Rosede-Noël s'éloigna languissamment de Marthe et revint s'asseoir, mais sans quitter de l'œil la prunelle de son interlocutrice.
— C'est im misérable, continua celle-ci de sa voix sonore, que rendait plus métallique et plus pénétrante encore une nuance d'âpreté haineuse. Oui, im misérable ! Et tout ce qu'on vous a révélé ici l'autre soir reste bien au-dessous de la vérité. Vous m'écoutez, mon enfant ; m'entendez-vous ?
Le regard fixe de Florine ne s'abaissa pas et ne changea pas d'expression. On eût dit qu'elle pouvait uniquement essayer de comprendre la langue brûlante que parlaient les yeux de l'altière fille du Midi.
— C'est lui et ses satellites qui ont fait la terreur dans mon pays, une terreur que pouvaient seuls inventer les libertins, des lâches s'appuyant sur la force brutale de la Révolution. Le vol, le pillage, la ruine, l'abaissement de tout ce qui était
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grand, la corraption de ce qui était pur, Tavilissement de ce qui était sacré, la violence contre les femmes , Tinsulte aux hommes , c'est toute leur histoire. Je parle de Cyprien Framery, m'entendez-vous ?
Elle s'arrêta un instant. Puis elle leva le front plus fièrement encore, ses narines s'agitèrent, ses lèvres tremblèrent et blêmirent. Elle reprit la parole d'une voix qui avait quelque chose de rauque et de cruel. On devinait qu'entraînée par le flot de ses amers souvenirs, elle oubliait un peu Florine pour sa propre haine, et que son ardente imagination la transportait au milieu des scènes de ce temps si peu éloigné.
— Mes frères, seuls peut -être, ne tremblaient pas. Moi, j'étais loin. Ils résistaient et méprisaient ces misérables. Ils étaient fils de paysan ; leur intelligence, leur probité les avaient élevés. Ils n'étaient point aristocrates ; mais la noblesse de caractère les faisait les ennemis de ces vils tyrans que vos pays du Nord nous envoyèrent au commencement de 1848. On ne pouvait pas les abattre, mes frères, mais on pouvait les ruiner; on ne pouvait pas les avilir, mais on pouvait les couvrir de honte. Qu'est-ce qui put séduire la généreuse, la candide, la noble JuÛa? Je parle de Cyprien Framery, m'entendez- vous ?
Elle s'arrêta encore et porta à sa poitrine ses mains tremblantes, en respirant longuement, comme si elle craignait de suffoquer. Florine n'avait pas
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bo.ugé ; mais le vieux mendiant qui semblait, lui aussî^ écouter au milieu de ces paroles brûlantes uniquetnent le langage des traits de la jeune fille, le mendiant crut voir son front se rider et ses lèvres trembler, légèrement.
— Eh bien ! on souleva les clubs, on agita la lie du peuple, on enivra les cent ouvriers de mes frères et on vint, une nuit, mettre le feu aux quatre coins de la maison, des ateliers, des magasins. Julia se sauva ; vingt, personnes la virent entrer à la préfecture, c'est-à-dire dans la maison même de votre ami, Florine. Le lendemain, mes frères étaient ruinés. Mon second frère était fou. Mon frère aîné, le mari de Julia, souffletait votre fiancé, Florine. Je lui rendrai justice, il ne fut pas lâche ; il ne toucha mon frère que quand il fut gravement blessé lui-même. Ce ne fut pas de cette blessure que mourut mon frère ; il mourut de chagrin. On lui avait pris toute sa vie, sa fortune, sa femme, son honneur. Vous croyez que ce fut assez ! Non , ils avaient la force; à cet honmae qui se débattait dans les angoisses suprêmes de la mort, ûs enlevèrent son unique enfant. Ah ! le misérable, le misérable ! Ah ! entendez-moi. Je parle de Cyprien Framery. EUe se laissa tomber sur une chaise, et, cachant son front dans ses mains, eUe éclata en sanglots convulsifs.
Florine frissonnait, mais sans que sa pose eût rien. perdu de sa langueur et sans que ses regards eussent cessé une minute de se fixer sur les fls^m-
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mes qui sortaient des yeux de Marthe. Quand celle-ci se fut assise, Rose tourna la tête avec une expression d'étonnement hagard^ comme nui fou qui cherche une lumière dont la subite disparition lui est un mystère inexplicable.
Les trois autres personnages, respirant à peine, le corps tendu, la tête avançant avec une expression d'anxiété indicible, suivaient chacun de ses mouvements.
— Ah ! fourbe ! cria une voix claire dans la pièce voisine. Je t'y prends à écouter aux portes; va-t'en, je t'y engage, misérable Cocquempoix I
En entendant cette voix, Florine s'était levée d'im bond, et les yeux dilatés, la bouche entr'ouverte, elle montrait la porte d'un bras rigide. Cette porte s'ouvrit, Eugène Malabieude apparut, maigre, hâve, à peine reconnaissable.
Florine courut vers lui , les bras toujours tendus.
— Misérable ! cria-t-elle d'une voix étranglée. Tout le monde dit : Misérable.! Le voici, le voici, c'est lui qui m'a corrompue, avec la poésie. Ah ! le méchant livre I Va-t'en, va-t'en ! Par là. Le misérable... Ah ! la lumière I
Elle montrait la fenêtre, sa voix furieuse devenait plaintive. Elle tournait sur elle-même, ses deux bras s'étaient levés comme poussés par un ressort^ puis ses deux mains s'étaient crispées sur son front; on eût dit qu'elle faisait des efforts surhumains pour les détacher sans pouvoir y parvenir. Ses regards
effarés et errants rencontrèrent ceux de Marthe; elle se jeta sur elle en criant :
— Ah! vous, vous, sauvez-moi^ je deviens folle ! Kt elle se laissa aller, au milieu d'ime crise nerveuse, dans les bras de M"*® Romanellé.
Eugène s'éloigna silencieusement. Quand il rentra, Marthe et Florine étaient seules. Celle-ci, assise à côté de son lit, sur lequel elle appuyait sa tête, versait d'abondantes larmes, tandis que la jeune femme, tenant ses mains maigres dans les siennes, lui murmurait de ces douces paroles qui forment moins des phrases qu'une musique, car on ne les comprend pas et elles consolent.
Eugène s'assit sans bruit sur une basse chaise contre la muraille, et il resta là, immobile comme une statue, les yeux fixés à terre, le front incliné, le visage sombre mais calme, comme un homme brave qui va entendre prononcer l'arrêt de sa mort.
— Ah! murmurait Florine, pourquoi m'avezvous guérie ? Je n'étais pas folle et j'étais si heureuse ! Je savais que je vivais et je ne le sentais pas. J'avais derrière mon front un petit bourdonnement charmant qui tournait tout en rond comme le bruit d'un orgue céleste ; il empêchait les pensées des autres d'arriver directement à mon âme et les miennes de sortir, sans être escortées par son 'murmure qui assourdissait tout, qui émoxissait tout. Ah! j'étais heureuse, je voyais tout, j'entendais tout, je ne sentais rien.
Ses larmes coulèrent avec un redoublement de violence.
— Eugène, dit-elle en se redressant.
Celui-ci se leva comme un automate.
— Eugène, continua-t-elle d'une voix fiévreuse et pleine de colère, votre vue me blesse, me fait honte et m'est insupportable.
Celui-ci bondit, il sauta sur le seuil, il voulait s'enfuir. Mais sa poitrine se gonfla, ses sanglots éclatèrent, et lui aussi fondit en larmes. Il se précipita aux genoux de Florine.
— Mais que voulez-vous que je devienne ! Regardez-moi, je suis un spectre. Je n'ai pas touché un pinceau depuis que... Ah! il faut respecter l'art et la couleur. Je passe ma vie à dessiner des roses de Noël, en pleurant. J'en suis submergé de larmes et de papiers dessinés. Je n'ai d'autre bonheur que de regarder à chaque instant ma face. Je ne peux pas perdre plus de cheveux, continua-t-îl en montrant son vaste front luisant et la peau de ses joues collée sur ses pommettes, mais la décomposition avance.
Florine retira avec effroi la main qu'il essayait de saisir.
— Mais qu'ai-je fait pour mériter votre haine? Moi je n'ai jamais aimé que vous, je n'aimerai jamais que vous. 11 n'y a pas d'autre femme pour moi, pas même madame, qui est si belle. Je ne pensais qu'à vous et à vos joies, à votre bonheur, et je vous ai toujours respectée comme une sainte.
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Voiis me reprochez de vous avoir fait connîdtre les poëtes qui chantent Vamour ! Après votre pensée, c'était dans ces poëtes que j'avais trouvé le plus de félicité ; cette félicité, je voulais bien vous la donner. C'est vous que j'avais vue dans toutes ces nobles et charmantes images, je voulais vous les montrer comme un miroir qui vous offrirait votre portrait sous son plus beau jour. Ah ! la poésie ! l'amour ! Ce qui a été pour moi le nectar fut pour vous le poison, mais de ce poison que vous avez bu, c'est moi seul qui serai empoisonné.
Il se leva d'un bond, puis brusquement, roide, compassé, il prit la main de Marthe, la baisa et lui dit avec \m calme glacial :
— Vous avez été bonne, madame, et vous avez sauvé ce qui m'est plus cher que tout moi-même. Mon pauvre atelier ne renferme pas de trésors, mais permettezr-moi d'y chercher quelque chose qui puisse vous rappeler le triste artiste et sa reconnaissance infinie. Vous direz quelquefois mon nom à la bien-aimée Rose-de-Noël.
Il se détourna sans regarder Florine et s'éloigna d'un pas rapide.
— Eugène Malahieude, dit la jeune fille en obéissant avec eflfort à un regard de Marthe.
Le peintre se retourna comme un automate et se tint, les yeux baissés, devant la jeune fille.
— Dieu me garde, s'écria-t-elle avec angoisse, de vou^ faire soufiErir ce que j'ai souffert. Ah ! ne nous trompons plus ! Je ne vous aime pas !
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— Je le sais, dit-il tranquillement.
— Je ne vous reverrai jamais.
— Jamais, jamais ? demanda-t-il froidement.
— Jamais. Pourtant, en considération de mon amitié passée...
— De votre amitié passée, de votre haine présente, de votre oubli futur ; tout cela c'est vous, et, en considération de tout cela, je vous obéirai.
Et sa voix, qui s'était un peu animée, redevint calme, sèche et glaciale, quand il ajouta :
— Qu'ordonnez-vous au gage touché ?
— Vous ne vous laisserez pas désespérer et mourir.
— Bon.
— Vous travaillerez.
— Bon.
— Et si vous pouvez devenir un grand peintre, un véritable artiste, je l'apprendrai tôt ou tard. Il me semble que j'en serai contente.
— Bon.
— Mais, je vous en supplie, que je ne vous revoie plus ! Je crois que votre vue me tuerait. Je maudis vos livres, vos poésies d'amour et vos romans passioimés.