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QUATRE HOMMES SOUS LA NEIGE

La neige tombe à gros flocons pressés ; la plaine large qui s'étend de la forêt de Boulogne-sur-Mer au petit village de Questrecques est blanche et sourde ; tous les hameaux qui la remplissent ordinairement de bruits joyeux semblent muets: et depuis Hourecq jusqu'au Drorecq, depuis le Heurtevent jusqu'au Calvaire, sur un plateau que traversent à chaque heure du jour les cris du laboureur et les hennissements des chevaux, le voyageur égaré pourrait se croire au milieu d'un désert.

Parfois pourtant le vent du sud bondit du haut des monts, il traverse tout le Bas-Boulonnais en faisant tourbillonner follement les flocons blaacs et

en ouvrant au milieu d'eux une trouée pour Touïe et le regard. Un mugissement de vache , un cri d'enfant arrivent sourdement comme s'ils venaieat du bout de l'horizon ; le regard aperçoit quelques contours indécig ; ,Miis 1^§ ^miUe gouttelettes solides retombent, et lë voyâgeuî* se trouve conune enterré vif au milieu dés aiomes d'une prison mobile, dont les murs le suivent et l'enserrent ; il n'entend plus rien qu'un bruissement léger et monotone, rien que le petit pétillement sec qui éclate quand ces folâtres parcelles viennent se précipiter sur ses joues glacées.

Il est. plus de trois heures; le soir arrive. Les teintes grises qui viennent de l'horizon pénètrent à travers les vaporeuses lueurs dont la pâle pluie rempUt Tatmosphère.

Dans la plaine dont nous parlons, quatre personnages s'agitent, et, partant de quatre points différents, s'avancent vers le centre. On pourrait croire qu'ils se dirigent vers une voiture arrêtée au milieu de cette plaine. Belle voiture, d'ailleurs, d'une forme et d'une élégance rares dans les champs boulonnais! EUe est arrêtée, disons-nous ; le siège est vide ; le cocher court dans le voisinage, criant à l'aide. Les deux grands chevaux percherons qui mènent le carrosse sont inmiobiles, la bride sur le cou. Dans l'intérieur, derrière les glaces, larges et bien closes, on aperçoit, malgré la vapeur légère qui les obscurcit, un homme qui sommeille, le visage caché par un immense foulard jaune. A côté de lui, une femme

est nonchalamment assise. Au milieu des riches fourrures qui la couvrent et, cachée comme elle Test par un voile, on voit d'elle uniquement les rayons noirs et étincelants que ses yeux lancent à travers le tissu du voile.

L'un des hommes qui semblent se diriger vers cette voiture, et qui, en réalité, marchent plus ou moins à raventure, cherchant leur route, Tuii de ces quatre personnages vient de quitter Tancienne route royale de Boulogne à Paris. 11 suit pendant quelque temps les traces du carrosse, que la neige recouvre bientôt. Il reste un instant immobile, en homme qui hésite, puis levant, comme pour s'orienter, ses paupières rougies, son regard cynique et r^eur, il s'avance vers le nord, en s'arrôtant parfois pour redresser Iqs ailes d'un vieux chapeau gris qui \ifi^ tombQ sur 1q nez.

-TT II fa,ut, murmurait-il, avoir furieusement besoin d'un billet de cent francs, pour venir de Paris, par une neige de tous les diables, chercher un arbre au milieu d'une plaine du Bas-Boulonnais. Ah I voilà la haie, par la digue, don, daine, et voici l'arbr^au pied duquel j'ai rendez- vous. Maintenant, Stanislas Cocquempoix, fils de Jean-Pierre Cocquempoix, maire de cq village de Questrecques, viens, coquin pastoral, doublé de billets de banque ! Et si tu ne veux pas trouver gelé, au pied de cet af brCj l'illustre Louis Briche, ton digne am\, hâte-toi. Ce serspt une joUe épitaphe, continugi-t-il ejx ba^t^t la semelle :

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