MIONNET
Le lendemain, de grand matin, Mionnet introduisit dans le cabinet de Louis Belenclos un homme mal vêtu, vigoureux, de haute taille, dont la figure couperosée, le front carré, les yeux noirs et hardis, la physionomie mâle faisaient songer à un soudard sans préjugés plus qu'à un vil coquin sans courage. C'était Lazare Pastalès, le beau Lazare, comme on disait dans son village de Languedoc vingt ans avant le temps où nous sommes arrivés, dix ans avant l'époque où la haiae de Ramon Fabrège et le mépris pubUc, qui en avait été la suite, l'avaient démoralisé et poussé insensiblement vers le bagne. Lazare était à Paris en rupture de ban , Louis Belenclos ne l'ignorait pas. 11 savait aussi que cet aventureux personnage revenait d'Italie, où, pendant la guerre et sous des cocardes variées^
Ho ROSE-DE-NOËL.
il avait fait divers métiers qui exigeaièift moins àè délicatesse que d'audace. On assurait moitié qpe ce condottiere attardé avait été bien prés d'être peîldu. Louis abusait dé . tous cèk renWéî&iéniiènts pour se faire rendre par Lazare dès servfô^ flaiigereux sur lesquels il ne se crbj^aft pi^ feicu â Ini demander son avis. ïl le pàj^it ^riéi^uséSfëfit d'ailleurs, car c'était lài sa théorie, qu^â âjipfâit perfectionnée : tbtit faire, mais sîtf^eôrt ,* meîfefe les gens en position de ne rien refuser, î¥i& âëmander tout, mais les remercier ou les récompenser comme s'ils avaient été libres de refuser.
Mionnet, après avoîr introduit Lazare, courut vers le petit cabinet porte-manteau dont, à Faide de quelques coups de vrillé et dé cotiijéati, 3 était parvenu à faïrë un observatoire. Il eii sbrtit ésn^^ifcW un quart d'heure après, pâlê et dëMt. 11 vint tontber sur une éhaiîse dé l'âiitlchàmbre, é^éùyâ' ^ joués couvertes de éueiir et ^e précipita vefà' h porte d'entrée. Mais il se rappèfe qu'il n'avait lii chapeau ni habit. Il courut à sa chambre, Wi^ au bout de Tàppartement. Qtiâhd il rë^t flâite l'antichambre, il y trouva Louis qui veîfait de informer la porte sur Lazare.
— Eh bien ! qu'y a-t-il donc, Barthélémy ? ta es jaune comme un citron et tu cou^ comnie un fou ; que se passe-t-il ? âs-tu le verti^, comrtfe on dit dans ton pays ?
Mionnet avait tressailli et pâli plùfe étic8?e â l'aspect de 3on terrible maître. La vue de cette se-
réjiité railleuse, après les horribles projets dont il venait d'entendre re;s:posé, le confondit, il resta comme ébaJxL. Louis le regarda en fronçant les sourcils.
-^ Cet imbçcile-ljaj pensa-t-il, a quelque notion siar la mauvaise réputatipii du persoîinage qui vient de y^nir ^oi. Il pèche décidémenjt par excès ^e b^ti^^. C'est un d^'Pgçr aussi. Je ni'en déferai. Eti bien, dit-il, tu né ni'as pas réppndu.
Mioiinet essaya dç retrouve]:' un peu de sang-froid.
— ;7 J^a^ été malade toutç ï^ nuit, dit-il d'une voix t;reroblaiite ; je ne suis poiijit à moii aise, vous le sayçz bien, quand il faut comme ça courir les rues, l^a luiit, daps ces vilains quartiers dç Paris.
-;:- Soit. Rçposç-to^. Tu vas eutrer au bureau et traya^er aux registres. Tu n'auras pas à craindre de rencontrer là des brigands et de? revenant?.
— J'aimerais mieux aller faire ijm tour de pro-
menadjO.