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et je vous prie d'être persuadé que M"** Romanelle se rappellera toujours que vous avez été récompensé d'une façon bien rude d'un acte d'obligeance.
— J'ouMierai, et, je me rappellerai, pour vous 1 obéir, madame, répondit Louis Briche. '
Et il disparut dans l'ombre.
— Allons, Nazaire, dit M"® Romanelle au cocher, continuez de crier, il doit y avoir des maisons non loin d'ici. Il faut qu'on finisse par nous entendre. C'est bien étrange cet élan de fureur contre ce voyageur, munnura-t-elle en couvrant, d'une partie de ses fourrures, son frère qui se laissait foire sans sortir de son immobilité.
Nazaire recommença ses appels désespérés.
La nuit était tout à fait venue, une nuit noire et morne. Le père Belenclos avait continué sa route, la tête basse et l'esprit perdu dans de tristes sou- , venirs.
Tout à coup, il releva le front, il venait d'entendre im des appels du cocher.
La neige tombait, en ce moment, moins épaisse, mais le ciel était tout sombre et les raflales de vent se succédaient rapidement. Le vieillard écouta, il n'entendit plus que le bruit sourd de la bise qui mugissait dans la plaine.
— Mes oreilles ont tinté, ou bien c'est quelqu'un qui est perdu dans la neige et qui appelle à l'aide. Mais d'abord, où suis-je moi-même ? J'ai quitté la sente en ruminant les pensées d'autrefois, et je sois
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comme perdu. Et il fait \m noir ! la lune ne se lèvera pas avant longtemps d'ici.
n fit quelques pas en s'avançant prudemment.
Un nouveau cri traversa Tair, mais dans une autrtà direction que cehii qu'il avait déjà entendu. Cette fois, c'était une clameur sourde, à peine perceptible, comme si elle venait d'une longue distance ou qu'elle fût potisôée par une voix presque éteinte.
C'était, en effet, un des cris désespérés de rhomme à la veste de nankin.
— Pour sûr, cette fois, c'est une voix d'âme, uiie voix d'âme sans corps, peut^tre, — et le vieillard fit pieusement le signe de la croix ; — non, j'en ai entendu de pareilles, au temps passé, làbas, dans les grandes neiges de Russie. C'était la pJX)pre veille du pasi^ge de la Bérésina, j'avais rallié la colonne du général Fézeniac... Allons, le cri que je viens d'entendre est venu par derrière moi, l'homme qui appelle pour qu'on le Pescourre doit venir de la forêt; c'est cet homme-là qui est le plus en danger. Houst ! vite Coupe-en-Deux, par là, garçon, cours.
Le chien s'élança dans la direction indiquée, et le vieillard, retournant presque sur ses pas, le suivit d'une marche rapide. Tout à coup, le sol manqua sous ses pieds.
— Ah ! le trou d'Aoust ! s'écria-t-il ; je l'avais oublié !
Il roula au fond d'une marnière. Il se releva pénlbieifittit. Le ôhien, en entendant le cri de son
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maître, était revenu et courait autour du trou en aboyant.
— Ce n'est rien, mon garçon, j'en ai vu d'autres ; je suis tombé à côté de bien des gens qui ne se sont pas relevés. Je crois bien tout de même que je me suis affolé quelque chose dans le pied.
Il remonta lentement, en enfonçant son bâton dans la neige, et parvint, après beaucoup d'efforts, à gagner le haut de la marnière. Il s'arrêta, souffla bruyamment, et lança à son tour un cri perçant. Puis il secoua la tête.
— Le vent porte du coté opposé, murmura-t-il. Jamais je ne pourrai aller à Taide ; j'aurai bien du mal à me sauver moi-même.
Il se dirigea, en boitant, dans la direction du village. A ce moment, un appel plus déchirant, et qui semblait être le cri suprême de l'agonie, se fit encore entendre. Le mendiant tressaillit, essaya de courir, puis, poussant une exclamation de douleur, retomba.
— Va donc, chien maudit, dit-il ; n'entends-tu pas un chrétien qui se désespère ! va, cria-t-il, en levant son bâton, ou je te tue !
Le chien remonta dans la plaine, et, après avoir hésité et reniflé aux quatre coins de l'Jiorizon, il galopa vers le nord, dans la direction de la foret.
Le vieillard s'assit lourdement sur un tronc d'arbre abattu, et il écouta.
Le temps lui semblait bien long ; le froid le gagnait , ses paupières s'appesantissaient. Enfin, l'a-
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boiement du chien retentit au loin, un aboiement joyeux d'abord, puis furieux, et qui se changea en hurlements.
Le mendiant se leva plus prudemment, et il écoutait encore quind le chien revint, la queue basse, en secouant l'oreille et en tenant dans sa gueulé un lambeau d'étoffe qu'il apportait à son maître. Il gratta le sol de ses quatre pattes, avec des grondements de colère, se vautra dans la neige et frotta son oreille droite sur la terre humide et froide, avec une sorte de rage.
— On t'aura donné un vilain coup, mon pauvre camarade, dit le vieillard en le caressant. C'est un mauvais garçon, n'est-ce pas ? Nonobstant, s'il crie encore, j'irai, quand je devrais marcher à quatre pattes !
Il attendit quelques minutes, l'oreille tendue. Nul bruit ne se fit plus entendre.
— Allons au Fort. Viens, Coupe-en-Deux. Tous ces gens qui criaient ont bien sûr retrouvé leur voie. •