HOTEL MEUBLÉ A VENDRE
Lucien suivit la direction de son regard :
« Vous êtes étonné sans doute de me voir vendre tout meublé ce magnifique hôtel? mais j'ai besoin d'argent comptant, et je ne sais où m'en procurer.
— Puisque cet hôtel est à vendre, dit-il, je l'achète. Mon notaire s'entendra avec le vôtre.
— Comme vous voudrez, monsieur; je ne suis pas en peine pour m'en défaire. Cet hôtel est un des plus beaux et des plus admirablement meublés de Paris.
— C'est pour cela qu'il me convient, reprit Jean, et que je ne marchanderai pas sur le prix. Il me plaît d'avoir les plus belles maisons, les plus beaux meubles, les plus beaux chevaux de Paris. Je suis riche à ne pas savoir que faire de mon argent; pourquoi n'en jouirais-je pas? »
Lucien regarda Jean, étonné. Évidemment, il le savait riche, mais pas de la sorte.
Jean, calme, semblait ne pas s'apercevoir de l'étonnement de Lucien, car il avait son plan en parlant ainsi. En l'éblouissant par cette richesse fantastique, ne l'amènerait-il pas à oser formuler un chiffre énorme pour la rançon de Murillonne?
Mais point; Lucien ne disait rien.
Il descendit de la voiture, saluant Jean sans parler, l'air soucieux, préoccupé. Montluçon, lorsqu'il l'eut vu disparaître sous la voûte de la porte cochère, descendit à son tour et paya.
Jean resta convaincu que Lucien, lui aussi, avait perdu la trace de l'enfant. L'espoir de la retrouver se reculait ainsi devant lui, et cependant il était soulagé de savoir que M. Grauville ne pouvait plus rien pour martyriser la chère petite.
Mais aucune difficulté n'arrêtait son courage, quand il s'agissait du bonheur de Paule.
Mmc Grauville gardait un souvenir doux et reconnaissant à son cher Raymond, qui l'avait entourée de tant de tendresse; mais, lorsque Jean de Montluçon lui demanda de reprendre le rêve d'autrefois, elle laissa tomber sa line main dans la sienne et consentit à devenir sa femme.
Peu de temps après, Louis Roulier épousait Louise de Sivry, et le bonheur recommençait à luire sur ces êtres si longtemps affligés.