ACTE I, SCÈNE 111. i
Je suis épouse, reine et victime outragée \ Je suis Eléonore , et ne s\iis pas vengée !
CLIFFORD
S'il était criminel , prompt à se repentir, Par ses remords , madame , il saurait vous fléchir. Tous le verriez bientôt abjurer sa faiblesse. Henri n'est point ingrat.
Le traître! il me délaisse, Clifïbrd, et j'ai daigné l'élever jusqu'à moi! Je ne lui demandais qu'une constante foi ; L'Aquitaine, mon riche et superbe héritage, Mes trésors et ma main , tout devint son partage. G est moi dont le pouvoir seconda ses projets > Et dans ses ennemis lui conquit des sujets. U Anglais connut en lui F héritier de ses maîtres > Et lui rendit le trône ou régnaient ses ancêtres, La fortune depuis menaça d'un rival Les puissans souverains dont je l'ai fait l'égal. 11 m'a trompée!., eh bien .'qu'il apprenne à me craindre!
Nul , sans frémir , aux pleurs n'osera me contraindre. Courez vers l'infidèle, éve'rllez ses remords; Peignez- lui ma douleur, ma rage, mes transports, Des flots de sang peut-être expiant son offense. Montrez-lui tout un peuple armé pour la vengeance. Hâtez-vous, dites-lui.... non, ne lui dites rien. Il déchire mon cœur, je percerai le sien ; A le désespérer j'attacherai ma joie; Lui-même il me désigne et me livre ma proie.
CLIFFORD
O reine, pardonnez, si la voix d'un sujet, D'un vieux guerrier, combat ce funeste projet. Faut-il qu'après vingt ans de travaux et de guerre , L'intrigue et la discorde embrasent l'Angleterre ! Mon Dieu, devais-je encor voir ses nobles enfans Eux-mêmes déchirer leurs drapeaux triomphans ! Sur mon front sillonné l'âge a gravé sa course , Et bientôt mon pays verra tarir la source D'un sang dans les périls prodigué pour mes rois. Au défaut de mon bras, il réclame ma voix.