ACTE H, SCÈJNE
Loin de toi pour jamais écartant les alarmes, De ta surprise Edgar partagera les charmes.
Tu n'oses m'alarmer, tu le dis, et pourquoi
Par ton silence même exciter mon effroi?
QiHai-je fait? Entre nous élevant un nuage y
Par quel mot ai-je pu t' inspirer tant d'ombrage?
Edgar m'accuse-t-il d'un espoir indiscret ?
D'un rêve ambitieux dont lui seul fut l'objet?
Pour toi seul souhaitant la faveur souveraine ,
J'aurais joui de voir une superbe reine
Et tant d'illustres chefs , de ses regards jaloux ,
A mes côtés près d'elle honorer mon époux.
Mon vœu t'offense-t-il ? Eh bien! puisqu'il t'afflige
Ce vœu n'est plus le mien ; périsse le prestige
Dont l'éclat fugitif éblouissait mes yeux!
Le faste t'importune, il me semble odieux.
Qu'importent tes grandeurs, qu'importe ta naissance?
T'aimer , toujours t'aimer , voilà mon espérance.
Eh bien! que craint Edgar? qu'a-t-il à me cacher?
56 ROSEMOJXDE.
Dans mon cœur à son tour le tien doit s'épancher ; Parle, qui donc es-tu?
HENRI
Respecte ce mystère,
Je souffre à m'expliquer et je souffre à me taire; Le salut de l'état, le mien, ton intérêt,
Tout enfin à ma bouche ordonne le secret.
Oui, crois-moi, mon silence importe à la patrie.
Ne m'interroge plus, je l'exige et t'en prie.
Je cours hâter l'instant qu'appelle mon amour;
Dans l'ombre et la retraite attends cet heureux jour.
Pardonne à ton époux; de l'hymen qui s'apprête
En me nommant bientôt j'embellirai la fête.
Oui, bientôt Rosemonde entendra mes aveux.
On vient, retire-toi , je tremble pour tous deux;
Eloigne-toi , te dis-je.
Edgar, il faut m'instruire, Le doute est trop cruel , et tu peux le détruire ; Un seul mot, rien de plus.