ACTE II , SCÈNE IV
Préférez à ma voix la voix de vos flatteurs ,
Et du nom de vertus honorez vos erreurs.
Dans un calme perfide attendez la tempête.
Quand ses foudres vengeurs frapperont votre tête ,
Tous entendrez le peuple , avec des cris d'effroi,
Charger de ses douleurs et son père et son roi.
Un jour aura perdu la puissante Aquitaine,
Un jour aura suffi pour attirer la haine
De ce peuple allié, qui, voisin des Français,
Par de puissans efforts balance leurs succès.
Voyez Eléonore embraser la patrie,
Louis avec audace envahir la Neustrie,
Et ravager le sol dont nos fiers bataillons
De leur sang, pour vous seul, ont rougi les sillons.
Voyez, au cri public, dans nos champs, dans nos villes,
Eclater le volcan des discordes civiles ;
Des victimes partout, partout des ennemis.
Est-ce là le bonheur que vous m'avez promis?
HENRI
Rassurez-vous, ClifFord : songez à cette épée?
Jamais par la fortune a-t-elle été trompée?
Contre tous votre roi...
CLIFFORD
Vous seul que pourrez-vous?
Pardonnez si Clifford, de votre honneur jaloux, D'un censeur rigoureux se permet le langage. Que j'aime ce transport, ces éclairs de courage Dont brillent vos regards aux accens de ma voix! Hélas ! de votre père et d'Etienne de Blois Trop long-temps j'ai connu la haine et les querelles. J'ai vécu, j'ai vieilli dans ces guerres cruelles. J'ai vu les peuples , las de combats éternels , Demander à genoux , aux pieds de leurs autels , ZTn héros qui, sensible à leurs justes murmures , Soulageât la patrie et fermât leurs blessures. Auprès de Glocester je formai votre cœur; De ce peuple avec vous je plaignis le malheur. A son oeil curieux je montrai votre enfance. Dans votre heureux sourire il chercha l'espérance. Il vous vit, il vous crut digne du premier rang ;