ACTE IV, SCÈNE V
Ajoute à vos ennuis d'autres sujets cle plainte. En avouant mes torts, je les dois expier, Et ne chercherai point à les justifier. Mais la voix du remords de votre ame entendue En vous-même jamais n'est-elle descendue ? Grandeurs, pouvoir, trésors, par vous m'étaient offerts; Je crus à cotre amour > et je reçus des fers. Long-temps sous votre joug l'Angleterre accablée Par votre ambition a vu sa paix troublée. Quand F honneur appela votre époux aux combats, Sa facile bonté vous soumit ses états.
Quel en fut le destin? L'intrigue et le caprice Régnèrent sans les lois au nom de la justice. J'excusai vos erreurs, peut-être des forfaits ; J'oubliai tout y madame, excepté vos bienfaits. Du peuple cependant écoutant le murmure , Henri d'un nœud fatal souhaita la rupture. Si, déliant le vœu qui vous enchaîne à lui, Rome en nous séparant vous laissait sans appui. Si pour vous l'infortune était jamais à craindre,
J'attacherais ma gloire à souffrir sans me plaindre. Mais votre orgueil gémit de fléchir sous un roi. Un peuple vous honore et vous régnez sans moi , Vous l'avez dit.
ÉLÉONORE
Arrête, ingrat, je te devine.
L'exil, voilà le sort que Henri me destine. Tu veux m'abandonner; je sais tout, tu le veux.
HENRI
Long-temps j'ai suspendu de pénibles aveux ; Rosemonde elle-même a cru devoir vous taire Les secrets dont son cœur était dépositaire. De Rome enfin c'est vous qui m'avez menacé, Madame, et mon arrêt, vous l'avez prononcé.
ÉEÉONORE.
Qu'ai-je dit? qu'ai-je fait? victime de ta flamme,
Je pouvais la punir et défier le blâme.
Mais je t'aimais, cruel! t'avais-je condamné?
Si l'amour t'accusa, l'amour t'eût pardonne. C'en est fait; ainsi donc Rosemonde abuse