SCENE XI
D’un long épieu, tomba mortellement blessé;...
Vous me vîtes alors... Depuis, il faut le dire,
Mon espoir a toujours cherché votre sourire...
Reine, souvenez-vous , et je vous défendrai.
ROSEM ONDE.
Non : venge-moi d’abord, puis je me souviendrai.
Il importe à ta gloire aussi bien qu’à ma haine ,
Que ce roi meure ; il est hors de l’espècô humaine ;
Si vil par ses instincts et descendu si bas Que dans ce misérable on ne retrouve pas Un seul vestige d’homme , et qu’on doit reconnaître Comme lâches tous ceux qui l’acceptent pour maître. La cruauté chez lui prend des aspects nouveaux... C’est une bête fauve au milieu des troupeaux ;
Et lorsque la frayeur trouble au loin les étables Et les bergers poussant des cris épouvantables , Intrépide est celui qui s’arme de l’épieu ;
Va , ton bras qui le frappe est le fléau de Dieu. Exécute à l’instant ce que je te propose,
Et que ce grand amour prouve enfin quelque chose. niDIER.
Oh ! que par tes discours et tes regards puissants D’invisibles liens tu captives mes sens!...
Rosemonde , ta voix et ta parole émue
Ont un pouvoir secret qui charme , qui remue ,
Qui trouble en pénétrant jusques au fond du cœur;
Le malheur sur ton front met un attrait vainqueur , Et pare ta beauté d’un si divin prestige Que l’espoir d’être aimé me donne le vertige.
Non , il n’est pas de crime , il n’est pas de danger, Qu’avec toi ton amant ne veuille partager;
UOSEMONDE.
Je |»cii\ sans liusitcr, quand la rcino l’urdunne, Frapi)er Alboin, non pas pour avoir sa couronne,
Scs armes, son pouvoir, sa fortune de roi;
Mais pour te mériter, pour être aimé de toi ,
Pour préférer ton cœur à l’empire du monde... Malheureux!... Il était mon hôte, Rosemonde,
Ah 1 ce n’est qu’en fuyant que je puis échapper A l’ascendant fatal qui me pousse à frapper.
Didier reut s'éloigner, Rosemonde l'arrctc.
Ecoute : sais-tu bien quel avenir prospère Mon amour préparait au vengeur de mon père !
Régner, vaincre avec lui ce n’était pas assez :
Pour fuir le souvenir de mes malheurs laissés.
Mon espoir, dans la gloire à son règne promise , Voyait Rome détruite et Ryzance soumise ,
Mes Gépides vaincus, dispersés dans les bois,
Pour servir mon époux revenaient à ma voix ;
Et tu formais alors une nation grande Des deux peuples unis;... mais non! Je lui demande De punir cet Alboin , de m’arracher des bras De cet homme odieux , et Didier n’ose pas.
Didier, voici rinfême : attendras-tu qu’il sorte?
S’il reconnaît Égilde et s’il voit quelle est morte.
Il va venir.
DIDIER
Égilde!...
ROSEMONDE, »Tcc fleri#.
Elle a pris du poison,
Et, pour fuir l’esclavage, elle meurt.
DIDIER
Trahison!...