‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 102 sur 177 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

tard? Pourquoi m'avez- vous embrassée la première fois au pressoir de M"*« Pasche, il y a six semaines ? Pourquoi m'avez-vous recherchée depuis^ et à la danse, et chez nous^ et en nous promenant? Ah I mon Dieu! Si j'avais su que tout cela n'était que pour vous amuser, pour passer le temps, je me serais tenue sur mes gardes. A présent que vous avez pris mon cœur par toutes ces fausses amitiés, que voulez-vous que je devienne si vous m'abandonnez? J'en mourrai ; oui, je le sens, j'en mourrai.

— Calme-toi, Jenny, calme-toi. Vois-tu, ma chère, il ne te faut pas prendre les choses comme ça. Nous sommes amis, restons amis. Pour penser à t'épouser , non , je ne puis pas te le promettre , malgré toute Vamitié que j'ai pour toi ; et je ne l'ai jamais promis.

— Si vous ne l'avez pas dit, vous me l'avez assez donné à entendre. D'ailleurs, je vous ai tutoyé, lorsqu'on s'est quitté l'autre soir.

— Qu'est-ce que cela fait ? tutoie-moi seulement, si cela te fait plaisir. Mais tu comprends que je ne puis me marier que selon le gré de mon oncle

— Oui, avec Rosette Pasche, n'est-ce pas? et parce qu'elle est riche. Moi, pauvre fille, et qui ai cru être aimée d'amour, on me plante là, on m'oublie. Ah! pourquoi ai-je écouté vos paroles! J'ai cru pouvoir compter sur vous, et me voilà abandonnée , au mo« ment de partir !

— Je suis toujours le môme, Jenny ; c'est toi qui es allée trop loin dans tes idées. Cela te passera bientôt. En toutcas, je veux te revoir avant ton départ. Trouve-

toi là demain au soir à la même heure ; j'aurai peutêtre quelque chose d'important à te communiquer. Laisse-moi t'embrasser encore une fois avant de nous quitter.

— Non, non, je ne veux pas. Je ne veux plus rien de vous, tant que vous ne m'aurez pas fait une promesse positive.

— Eh bien, comme tu voudras. A demain !

Jenny reprit son arrosoir et alla le remplir à la fontaine ; René continua son chemin sans plus siffler. Il aurait pu se dire qu'il était bien coupable, mais il n'en fit rien. Pourquoi cette pauvre Jenny s'était-elle mis l'amour en tête de cette manière! Elle n'avait qu'à faire comme lui, après tout! S'il l'eût déshonorée aux yeux du public, oh ! alors, c'eût été le cas de ne pas l'abandonner, bien certainement! Mais pour des causeries entre garçon et fille du même village et quelques embrassades, on sait fort bien que cela ne tire pas à conséquence. C'est une espèce d'apprentissage pour plus tard, quand on s'aimera tout de bon. Avec Rosette, il avait des engagements positife, puisqu'ill'avait demandée, et que même il avait chargé son oncle d'en parler à W^*^ Pasche. Et si Rosette se décidait en sa faveur, il est clair qu'il ne pouvait pas penser à épouser Jenny, qui d'ailleurs n'avait pour elle que sa jolie figure. Tel était le raisonnement de René, et la morale à laquelle il se rattachait. Il n'y a pas mal de garçons de cette espèce , et pas mal de filles non plus qui s'abusent comme Jenny Gottrau.

Arrivé devant la maison, René lava son bidon sous

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