‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 103 sur 177 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

le goulot de la fontaine, le monta plein d'eau à la cuisine, mangea sa soupe en silence et se disposa ensuite à se rendre chez son oncle. Au moment où il mettait la main sur le loquet, M»® Pasche lui dit :

— J'espère que vous suivrez les conseils de votre oncle; nous sommes d'accord avec lui pour ce qu'il vous proposera.

— Je ne demande pas mieux , si réellement il s'agit de mon avenir et de celui de Rosette.

— Eh bien, allez. Que Dieu vous accompagne ! Demain matin, vous nous direz ce que vous aurez décidé.

— Où est Rosette ?

— Dans sa chambre.

— - Donnez-]ui le bonsoir de ma part.

Amy Lorand lisait à la lumière de sa lampe, à deux pas de la cheminée , dans laquelle brûlait lentement du hêtre noueux et bien sec. Ce soir-là, il veillait dans sa chambre. L'hiver commençait à se faire sentir. Il posa son livre sur la table, donna une chaise à René vers l'un des coins du foyer et s'assit à l'autre, en face de son neveu. Il faisait bon dans cet appartement, toujours si bien arrangé. On voyait que le propriétaire avait le temps de soigner ses meubles et qu'il aimait l'ordre dans les détails. C'était, d'ailleurs, une chambre très confortable. Le plancher était recouvert d'un bon tapis ordinaire, luxe que les riches campagnards ne s'accordent pas encore, faute d'y avoir pensé. Du moment qu'une jeune mariée donnera l'exemple , on peut compter que toutes les autres le suivront.

' — Je t'ai fait demander ce soir, dit l'oncle, pour causer un peu avec toi de ta position chez M°*® Pasche, et de celle de Rosette.

— C'est ce qu'elles m'ont expliqué , répondit le neveu.

— J'ai donc parlé de tes intentions, d'abord avec la mère, reprit l'oncle; puis, ce matin, avec Rosette aussi. Elles m'ont paru plutôt disposées en ta faveur que le contraire. Cependant, je ne dois pas te cacher qu'il me reste de l'inquiétude sur un point important, je dirai même sur le point essentiel ; et je crois que tu dois faire pour cela tout ce dont tu es capable. Rosette dit qu'elle ne demande pas mieux que de pouvoir s'attacher à toi par une affection véritable ; mais cette affection n'est pas encore venue ; et tant qu'elle ne la sentira pas dans son cœur , elle ne pourra te donner la réponse que tu voudrais obtenir. En outre , elle pense qu'il existe des différences profondes dans vos caractères; il faut tâcher qu'elles s'effacent. Elle désire aussi ^s'approcher de Dieu sincèrement. Ce matin, par exemple, elle m'a dit que ce qui vous manque à tous deux, c'est de donner votre cœur à Dieu. Je t'engage donc, mon cher enfant, à rentrer en toi-même, à biea t' examiner, et à comprendre ton premier devoir envers Celui auquel tu dois l'existence de l'âme et du corps , tout ce que tu as enfin , et tout ce qu'il a préparé pour toi après cette vie.

L'oncle s'arrêta un moment. René ne prenant pas la parole, Amy Lorand continua.

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