‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 104 sur 177 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

— Tu ne me dis rien? trouves-tu que je ne voie pas juste dans ce que je viens de t'exposer ?

— Je croyais qu'il s'agissait de choses plus positives et plus importantes.

— n ne peut pas y en avoir de plus importantes, René. Par exemple, dimanche au soir, pourquoi ne pas faire comme Rosette, c'est-à-dire, aller te reposer, au lieu de retourner à la danse et d'y passer la nuit?

— Ah I c'est embêtant d'être ainsi bridé et réduit à rien, quand tous les autres s'amusent. D'ailleurs, quel mal y avait-il à danser un peu plus tard?

— C'est possible qu'il n'y en eût pas pour toi, en tout cas, pas plus que dans tes regrets de n'y pas aller; mais tu dois comprendre que Rosette et sa mère ont pu être blessées de voir que tu préférais retourner l'amuser, plutôt que de te rendre à leur désir. Rosette n'en a pas été choquée, je le sais; elle en a conclu simplement qu'elle a peu d'influence sur toi, et que ton affection est plus à la surface qu'au fond du cœur. Tu t'es ainsi fait tort à toi-même.

— Valait-il mieux entendre , le lendemain, les moqueries de mes camarades ? Je ne me laisserai jamais mener par une femme pour des affaires de religion.

L'oncle soupira , se tut un moment , puis il reprit :

— Tu ne me comprends pas, et tu n'as pas compris Rosette. En te suivant à la danse devant tout le village, en l'acceptant pour son chevalier , comme vous dites, elle te donnait un encouragement très généreux. A cause de cela , elle s'est plus ou moins mise en évi-

dence, un peu compromise môme aux yeux du public, tandis que tu n'as rien fait de plus qu'un autre pour lui prouver que tu la préfères à toutes les jeunes filles qui étaient au bal.

— Elle est donc fâchée contre moi ?

— Non, elle n'est pas fâchée. Mais, comme on dit assez que tu songes à la demander pour ta femme, sa mère, elle et moi, nous avons décidé qu'il ne convient pas que tu continues à demeurer dans leur maison et à être leur domestique.

— Ah ! vous avez décidé cela sans me demander mon avis ! vous réglez ce qui me concerne sans me consulter ! eh bien !

— Ëcoutef René, et fais-moi le plaisir de te souvenir que je représente en ce montent ton père et ta mère. Quand j'ai conseillé à M"*® Pasche de te prendre à son service, j'ai été imprudent ; j'aurais dû prévoir ce qui arrive; mais je te connaissais très peu encore, et, pauvre comme tu l'es, je n'imaginai pas que tu porterais tes vues où elles sont maintenant. Si je me suis trompé, je veux tâcher aujourd'hui de réparer ma faute, en t'aidant dans une entreprise que tu es incapable de conduire toi-même à bien.

— Incapable I pour, juoi donc ?

— Parce que la présomption t'aveugle. Ecoutemoi : persistes-tu dans tes intentions à l'égard de Rosette ?

— Oui, certainement. Que puis-je faire de mieux ?

— En ce cas, il faut quitter la maison, dès que nous .aurons trouvé une bonne place, à quelque distance,

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