‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 105 sur 177 · CHAPITRE XYin · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYin

mais pas trop loin, afin que tu puisses venir ici de temps en temps.

— Et qu'est-ce qu'on dira? qu'on m'a renvoyé, chassé?

— Du tout. On dira : il parait bien que M.^^ Pasche n'est pai^ opposée aux projets de René Lorand, puisqu'elle préfère ne pas l'avoir dans sa maison, et que cependant il y vient faire des visites.

— Quand je ne serai plus là, Rosette m'aura bien vite oublié.

— Je crois y au contraire, qu'elle te reverra avec plaisir, surtout si tu fais des progrès, si tu deviens meilleur et vraiment plus aimable. Quand je te vois t'emporter ainsi pour un mot, je me dis que, si j'étais une femme, j'aurais bien de la peine à t'accepter pour mon mari.

— Moi, je ne suis pas un doucereux mielleux et bypocrite. Je dis les choses comme elles sont. Tant pis, si ça ne convient pas à tout le monde.

— Tu fais bien d'être franc, mon cher garçon; mais sois-sûr qu'il faut savoir aussi être aimable.

— Allons ! je croyais, en venant chez vous ce soir, qu'on avait décidé quelque chose de meilleur que tout ça ; quelque chose en ma faveur ; tandis que c'est mon éloîgnement et mon humiliation. Tant pis ! Une fois parti, qui sait si je reviendrai ! Je ne réponds de rien. Moi aussi, je suis fier à ma manière.

— A propos de fierté, je veux encore te dire un mot, sous la condition que tu ne te fâcheras pas.

— Voyons ce mot.

— Tu ne te fâcheras pas ?

— Non, je vous le promets.

— Eh bien, puisque tu as de la fierté naturelle, comment se fait -il que tu aies autant dansé avec Jenny Gottrau, le soir même où Rosette et sa mère t'avaient engagé à rester à la maison , et que tu aies reconduit deux fois cette Jenny chez ses parents, seul avec elle et au milieu de la nuit?

— Ah ! voici Thistoire de Souky Meroud , de cette vipère de femme , qui vous a raconté une chose toute simple, comme si c'était un scandale d'iniquité ! Je lui rabattrai ses clous, attendez seulement.

— Tu l'accuses bien injustement; c'est M"*® Pasche qui m'a instruit du fait en question, et ce double fait, je le trouve très laid de ta part, malséant même, dans ta position à l'égard de Rosette. Gomment I tu me charges d'une démarche très sérieuse auprès de ces dames; et tu peux, de gaieté de cœur, ou par une légèreté inconcevable, avoir l'air de courtiser la plus jolie fille du village, dans le moment même où celle que tu as le désir d'épouser dort tranquillement dans sa maison. René, je ne te croyais pas capable d'une pareille bassesse, et je te le dis en face, puisque tu parles de fierté.

— Vous me prenez donc pour un mauvais sujet, pour un homme de rien?

— Non, je te prends pour ce que tu es, René, et c'est avec douleur que je le dis : je te prends pour un jeune homme qui préfère le plaisir au devoir et n'a pas une crainte sérieuse du mal. Mais c'est assez causé ce soir. Dieu veuille t'éclairer sur toi-même. Il est

Page 1