CHAPITRE XX
pareil rendait toujours plus bavarde et plus loquace.
— Dites voir, Manon , vous faites bien de la poussière en balayant devant chez vous, contre la fenêtre ouverte de la chambre de M. AmyLorand. Vous pourriez penser qu'il oie faudra essuyer les meubles une fois de plus, et que ça prend du temps d'une manière bien inutile.
La Manon balaya d'un autre côté, mais ne répondit rien.
— Comme ça, reprit l'autre, à la bonne heure. Il iâut réfléchir à ce qu'on fait et à ce qu'on dit. A propos, que pensez- vous de tout ce grand renverscige de chez la Marie Pasche ? Voilà donc les terrains qui se louent, le cheval et les autres bétes qui se vendent, pendant que c'était pourtant bien facile de s'arranger autrement. Je veux bien que René ait ses défauts, même d'assez gros défauts, quand ce ne serait que celui d'avoir fait semblant de courtiser Jenny Gottrau à la dernière danse; mais pourtant c'est un fameux travailleur, qui menait au mieux le train de Marie Pasche. Une fois marié avec Rosette, il se serait corrigé, ne croyez-vous pas? Vous ne dites rien, Manon? c'est comme si je parlais à une bûche. Eh bien, moi, je crois qu'il se serait corrigé, parce qu'enfin son oncle l'aurait mis au bon chemin. Et puis, ça fait beaucoup pour un homme pauvre, quand il se trouve tout d'un coup dans une grande aisance. Il a des attentions pour sa femme et s'observe mieux. On voit cela tous les jours. Tel qui ne valait rien étant garçon, est de-
24f) DEUXIÈME PARTIE.
venu charmant dès qu'il a été marié. Quelquefois, c'est aussi le contraire qui arrive. Nous en avons plus d'un exemple à Croset, vous le savez aussi bien que moi. Quant à René, il faut convenir qu'il a une mauvaise tête : c'est lui qui aura tout gâté, tout dérangé par là; car il faut bien qu'il y ait eu des choses graves, pour que les Pasche en soient venues à l'extrémité de louer leurs terrains. Vous vous trouvez bien chez Charles Maubert ?
— Oui.
— Il y a encore assez à faire pour tenir une maison en ordre, surtout le plain-pied. C'est inconcevable tout ce qu'on y apporte de terre et de vilenies de la rue, quand même on a soin de racler la semelle des souliers avant d'entrer! Ecurez-vous les carrons plus d'une fois par semaine?
— Non.
— Chez M. Amy, je ne les écure que tous les quinze jours ; mais il n'a jamais de boue à ses bottines, et il a soin d'en changer quand il pleut, afin de ne pas sahr dans la maison. Charles est aussi très propre, n'est-ce pas?
— Oui.
— C'est une fameuse qualité pour un homme de la campagne (elle avait, en ce moment, une grande trace de suie au milieu de front.) Au reste , Charles est un brave garçon , qui a eu bien soin de son père. Mon mari ne va rien qui vaille ces jours ; mais il en prend son parti, tout également. Au revoir , Manon ; je suis un peu pressée : excusez-moi.