‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 119 sur 177 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

— Bonjour ! dit gravement la Manon en secouant son balai.

Le jour avant les enchères des terrains, Charles Maubert vint dans la matinée chez M">® Pasche. Rosette et sa mère furent assez surprises d'une telle visite, car Charles n'entrait jamais chez elles. On l'engagea à s'asseoir, ce qu'il fit de bonne grâce, sans timidité ni trop d'assurance, gardant son chapeau à la main, non sur la tète, comme c'est beaucoup l'habitude des paysans, jeunes ou vieux. Au bout d'un moment de conversation générale, il dit qu'il venait demander à M°^* Pasche si elle consentait à lui louer un de ses fonds de terre dont il dit le nom ; qu'avant de se le faire adjuger en mise publique , il désirait avoir l'agrément des propriétaires, parce que, dans le cas contraire, il s'abstiendrait.

— Mais sans doute, répondit la veuve ; nous serons bien aises d'avoir à faire avec vous. Ainsi , misez seulement ce qui peut vous convenir. N'est-ce pas aussi ton avis, Rosette ?

— Certainement.

— Je ferai mon possible , reprit Charles , pour être exact à l'époque des payements , et je vous remercie de la confiance que vous m'accordez.

En ce moment , René ouvrit la porte et entra sans façon.

— Je vais faire ma malle , dit-il à son ancienne maîtresse. Adieu , Charles ! — Si vous voulez donner un coup d'oeil à mes effets, ce serait le moment, dit-il encore à M™« Pasche.

BOSETTE. 16

— Cela suffit, René ; allez seulement , répondit-elle avec une émotion contenue.

— Est-ce que tu pars aujourd'hui ? demanda Charles.

— Oui , dans une heure. Je n'aurai peut-être pas l'occasion de te revoir ; ainsi , adieu. Je te recommande mon oncle.

— C'est plutôt à lui qu'il faut me recommander ; je lui dois déjà tant! Jamais je ne pourrai lui rendre tout le bien qu'il m'a fait. Adieu donc , René. Dieu soit avec toi, dans ta nouvelle vie , et puisses-tu être vraiment heureux !

— Merci; j'en ai bien besoin.

René descendit l'escaUer.

— Je miserai donc les^'Epierrettes^ dit Charles avant de partir ; mais à la condition que le prix ne soit pas trop élevé. Bonjour, madame Pasche; bonjour Rosette.

Les deux femmes lui tendirent la main avec cet abandon qu'inspire la confiance. Elles n'auraient pas demandé mieux qu'il prolongeât sa visite, mais on entendait René aller et venir dans la cour, où il préparait le char qui devait l'emmener à la gare avec sa malle.

Une heure après, en effet, son oncle arriva pour l'accompagner. Quand tout fut prêt, René monta une dernière fois à la cuisine, Amy restant à la rue vers le le cheval.

M"»« Pasche, toute tremblante , se leva à l'approche du jeune homme. Très pâle, René s'avança, tête nue, les yeux baissés.

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