‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 121 sur 177 · UN COIN DU VOILB · texte numérisé non relu

UN COIN DU VOILB

L'hiver, avec toutes ses rigueurs , vint peser sur les campagnes. La froide bise , la neige, les tourmentes pluvieuses , les gelées qui contractent la terre et roidissent ou détruisent les plantes , — tout ce qui porte le nom de mauvais temps , passa sur la contrée et y laissa des traces profondes.

Avril essaya de sourire aux champs et aux prairies ; mais le sombre hiver régnait encore sur les hauteurs jurassiennes et menaçait la plaine d'une nouvelle irruption. Il y avait comme une irritation sourde, un mauvais vouloir dans l'atmosphère. Les oiseaux étaient rares; ceux qui , sur la foi d'apparences trompeuses , avaient essayé de chanter , se turent de nouveau, attendant des jours meilleurs. On rallumait du feu dans les appartements , comme si les frimas ne

voulaient plus nous quitter. Les rhumes, les catarrlies, des maladies plus graves parcouraient le pays, visitant de nombreuses demeures et avertissant les hommes de la déchéance rapide à laquelle nul ne saurait échapper. La mort frappait à la porte de bien des maisons. Prêt ou non à la recevoir , il fallait lui ouvrir et partir avec elle. Heureux le disciple que son maître trouvera veillant quand il arrivera ! Heureux celui qui, chaque matin et chaque soir, peut dire en toute confiance : Seigneur Jésus, viens !

Ce long hiver dura jusqu'au milieu de mai. Il se fit alors comme une éclosion universelle dans la nature. Précédée par des éclairs et quelques coups de tonnerre, une pluie fine, pénétrante, vint rendre la vie aux germes froids et transis. Le soleil se montra chaud dès le matin, inondant les campagnes de ses rayons. Bientôt les prairies se couvrirent de fleurs ; les bois ressuscitèrent , et partout la voix des oiseaux se fit entendre avec bonheur. Quand vient ce moment, l'homme aussi se sent des ailes. Que sera-ce donc, lorsque le chant glorieux de la résurrection s'élèvera de la terre au ciel !

Plusieurs choses s'étaient accomplies dans la vie de nos connaissances, depuis le départ de René. La plus importante de toutes , incontestablement , c'était ce réveil de conscience dont nous avons vu le premier trait, et qui dès lors , loin de faiblir , s'était fortifié et enraciné peu à peu dans de meilleures habitudes et l'obligation absolue d'obéir. Avant d'en arriver là, René avait beaucoup soufTert , soit de ce qu'il avait dû en-

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