CHAPITRE XXI
tendre, soit surtout de raiguillon intérieur qui le har* celait à tout instant et d'une manière toujours plus profonde et plus vive. Mais les yeux de son âme s'étaient dessillés. Au dernier moment , voyant qu'il avait faussé sa vie en obéissant à sa volonté et à de grossières passions , il se reconnut coupable devant Dieu et devant les hommes. S'il ne dit pas comme l'enfant prodigue: cMon père, j'ai péché contre le ciel et devant toi, i> il le pensa du moins et emporta cette parole comme une épée dans son cœur. De tout l'hiver, il ne revint pas à Groset. Trois mois après son départ de chez M"© Pasche , il écrivit à son oncle la lettre suivante qui montre dans quelle disposition d'âme il se trouvait alors ^et la facilité rare qu'il possédait naturellement, quand il le voulait bien , pour mettre ses pensées sur le papier.
« J'aurais dû répondre plus tôt à votre bonne lettre, mon cher oncle, mais j'avais besoin de me recueillir avant de vous écrire. Aujourd'hui encore , je ne sais pas comment je dois m'y prendre pour vous parler de ce que j'éprouve. Si je pouvais vous voir et que mon cœur s'ouvrît complètement devant vous , je vous dirais des choses que vous approuveriez sans doute, mais d'autres aussi que vous condamneriez. Je me suis mal conduit, très mal conduit depuis longtemps, mais surtout vers la fin de la dernière année. Le temps passé chez M^^ Pasche a été fatal pour moi. L'orgueil, ainsi que vous me l'avez dit un soir, m'a aveuglé. Je me suis cru quelque chose , un homme important , nécessaire, et je n'étais qu'une mauvaise tète, un vani-
teux. Au lieu d'écouter Rosette et sa mère, au lieu de vous écouter, vous, mon oncle, depuis votre retour, j'ai voulu me conduire par moi*roéme. Vous m'aviez recommandé de fuir les désirs de la jeunesse ; je les ai, au contraire, recherchés et caressés. Par ma faute, ma position et ma vie ont été faussées. Quand Rosette a repris ma main et m'a dit c au revoir 1 » comme je partais , j'ai cru que j'allais tomber mort à ses pieds. Ce revoir n'aura jamais heu, dans le sens où elle a pu l'entendre. Rosette Pasche ne peut pas m'appartenir un jour. Maintenant que je serais disposé à écouter ses avis, à ranger ma vie, à croire enfin que la vérité et la pureté sont des choses saintes et que rien ne vaut la paix de la conscience et la craintQ de Dieu , je dois renoncer à Rosette Pasche pour toujours. J'ai un devoir sacré à remplir , et j'espère ne pas y manguer, quoi qu'il m'en coûte. Quand mon sort sera décidé, j'irai vous voir. En attendant , je vous charge de dire à Rosette Pasche que je lui serai reconnaissant toute ma vie pour la manière dont elle m'a parlé et dont elle m'a traité. Sans elle, sans ce qu'elle m'a fait comprendre, je serais, peut-être , demeuré ce que j'étais : un mauvais sujet. Dès à présent je tâcherai d'être un honnête homme en tout et partout.
» Mon maître, M. JeanreTroid, n'est pas ce que son nom indique. C'est un homme bon et cordial. Il m'a dit un jour : « — René, je suis content de votre activité et de votre inteUigence ; continuez ainsi, vous vous en trouverez bien. Mais vous êtes souvent triste. Si je puis vous être utile, je le ferai avec plaisir. — j» Je