‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 123 sur 177 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

l*ai remercié, et lui ai dit seulement que j'avais eu un chagrin de cœur. Hélas! ce n'estpas môme exactement cela, mais je n'ai pu répondre autre chose. — J'espère que vous continuez à être en bonne santé. Dieu vous la maintienne. Je vous prie de saluer les dames Pasche de ma part. Mes amitiés à Charles Maubert. Il est heureux , lui , parce qu'il a suivi le bon chemin ; moi, j'ai pris le mauvais.

» Adieu, mon oncle, pensez à moi et priez Dieu pour

moi.

René Lorand. i»

Le jour où il reçut cette lettre, l'oncle Amy était invité par M">® Pasche à prendre une tasse de café dans l'après-midi. Charles Maubert lui ayant fait un présent de beurre et de crème, elle était bien aise que M. Lorand pût s'en régaler. Autrefois, c'étaient elle et sa fille qui offraient à leurs amis les prémices de la laiterie ; depuis que leurs terrains étaient loués, elles n'avaient plus de bétail, ayant même renoncé à garder Tunique vache dont il avait été question. Leur vie était bien plus facile et plus simple. Toutes deux avaient embelli pendant l'hiver; cela tenait peut-être à ce qu'elles pouvaient donner plus de soin à leur mise habituelle, et qu'elles se fatiguaient beaucoup moins. A.my Lorand continuaitàleurfaire une visite de temps en temps, soit à cause de René, soit parce qu'il y prenait plaisir ou s'en faisait un devoir. Il aimait à causer avec Rosette , dont Tintelligence était vive et les besoins religieux de plus en plus vrais et profonds.

Sa lettre en poche, il arriva donc vers les quatre heures.

— J'ai enfin des nouvelles de René, dit-il en prenant place à table.

— De bonnes nouvelles, j'espère ? dit M">« Pasche. Rosette, qui versait le lait dans les tasses, rougit à

ce propos, mais n'ajouta rien.

— Oui et non, répondit Atny. A bien des égards, je rends grâce à Dieu pour les bons sentiments actuels de mon neveu-; à d'autres égards, sa lettre me cause une vive inquiétude. Il me cèle quelque chose, et pourtant il y a un cachet de grande vérité dans tout ce qu'il m'écrit. Je vous le lirai dans un moment. Je crois qu'il se fera en lui une nouvelle crise heureuse, après laquelle il aura la paix avec lui-môme et avec Dieu.

— Pauvre garçon! dit la veuve; il doit bien souffrir. Je suis tout de même étonnée qu'il n'ait pas écrit à Rosette, après ce qu'elle lui a dit lorsqu'il nous a quittées.

— Pourquoi m'aurait-il écrit? Non, ma mère ; je pensais plutôt qu'il viendrait voir son oncle et nous saluer par la môme occasion.

— Ma chère enfant, reprit Amy Lorand, René me charge pour vous d'une commission très grave.

De nouveau, les joues de Rosette se colorèrent vivement.

— Il faut me la faire, cette commission, dit-elle ; ma mère doit entendre tout ce qui me concerne.

— C'est un grand chagrin pour moi, reprit l'oncle ; René dit qu'il doit renoncer à vous pour toujours.

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