‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 124 sur 177 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

— Mais pourquoi ce renoncement? fit M«« Pasche. Rosette lui avait pourtant donné de l'espoir.

— L'espérance d'un revoir meilleur, oui : mais rien de plus, ma mère.

— C'est vrai, dit ÂmyLorand. Cependant ces deux mots, que j'ai entendus, étaient de votre part un encouragement. Voici, au reste, la lettre tout en* tière.

— Pauvre cher garçon ! dit encore M™« Pasche après avoir entendu la lecture. Ce ne serait pas du noir qu'il a, de la simple tristesse'/

— Je ne le pense pas, répondit Amy. Il s'expliquera plus tard, je n'en ai aucun doute. Vous souvenezvous de ce que nous disions il y a quelques mois, madame Pasche ? « Cela se fera si Dieu le veut 1 :» Or, aujourd'hui, nous voyons bien que Dieu ne le veut pas. Nous n'avons donc, vous et moi, qu'à nous soumettre à sa volonté.

— Monsieur Lorand, demanda Rosette, me permettez-vous de dire ici toute ma pensée au sujet de votre neveu?

— Oui, ma chère.

— Eh bien, je crois que René est engagé sérieusement avec une autre fille; il l'était déjà avant de nous quitter. S'il ne l'avoue pas, cela perce d'un bout à l'autre de sa lettre.

— C'est impossible, dit la mère. Il aurait fait la cour à deux en même temps? non, c'est impossible.

— Je crains au contraire, reprit l'oncle, que ce ne soit très probable. Toutefois, avant d'avoir la certitude

du fait, abstenons-nous de tout jugement. Je dois être déjà bien reconnaissant envers Dieu du changement sérieux qui s'est accompli dans les sentiments et la vie de mon neveu.

— Ahl je crois bien, dit Rosette. Qui aurait pu s'attendre à cela ?

La location des terrains avait eu lieu le quinze janvier, ainsi que la vente du bétail. Le brave Coco ne fut pas emmené par Viilioud, mais bien par le cocher de M. Jean refroid, celui-ci étant venu aux enchères et n'ayant pas craint de mettre un prix élevé pour Tacquisition du cheval, d'après ce que René avait dit de ses qualités. M. Jeanrefroid avait besoin précisément d'une bête pareille pour son domaine. Ainsi Viilioud ne put en devenir possesseur. Il s'en consola en passant la soirée avec Cornélie, dont les bons mots^ la gaieté et la belle prestance lui plaisaient toujours davantage.

A un point très obscur de l'horizon, une petite étoile s'était levée dernièrement. Nous devons la signaler au lecteur. Charles Maubert avait donc loué pour trois ans le fond des Ëpierrettes. Cette augmentation de sol à cultiver lui permettrait d'avoir deux vaches au lieu d'une ; avec ces deux bêtes, il comptait former un attelage pour divers travaux de son agriculture. En faisant de petites jointes de charrue, il ne fatiguerait pas ses laitières, qui pourraient aussi très bien amener les récoltes dans la grange, au moyen d'un char léger. Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit.

Charles était venu plusieurs fois chez la veuve, à

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