‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 126 sur 177 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

cile. Tout entier à ses devoirs de maître-valet durant le jour, le soir venu, il était aussi tout entier à sa position et à ses affaires particulières. Jenny Grottrau lui écrivait souvent; il lui répondait de même, étant avec elle de la plus loyale franchise et lui faisant part de ses projets comme de ses pensées intimes. La jeune fille imprudente qui s'était engagée à se marier avec lui, avait cruellement souffert dès lors. Sa conscience avait parlé, et la frayeur de l'opprobre qui l'attendait l'avait terrifiée. Quand elle vit ce qu'elle avait d'abord pris pour une supposition devenir une certitude, elle en fut au désespoir.

« René, René, lui écrivit-elle, si Dieu n'a pitié de moi, que deviendrai-je ? Si tu m'abandonnes, je suis perdue. Mon Dieu ! qu'allons-nous faire, et comment sortir de cette affreuse position ? t>

« Patience et courage, lui répondit-il, ce que je t'ai promis \e le tiendrai. Je vais aller parler à mon oncle et tout préparer pour notre mariage. Tâche de rester dans ta place encore six semaines, jusqu'à ce que nos annonces soient publiées. Je t'épouse, Jenny, parce que je le dois. Il faut que je trouve en toi, malgré ta jeunesse, une femme décidée à remplir son devoir. 3'ai été un grand coupable à ton égard, et toi, tu n'es pas non plus sans reproche. Mais tout cela appartient à un temps d'orgueil, de légèreté, de passion et de mal. A l'avenir, nous suivrons un autre chemin. Nous serons pauvres^ très pauvres. Nous travaillerons pour trouver le pain quotidien. »

Ce fut lorsque les oiseaux chantaient sous la feuillée,

lorsque les pigeons roucoulaient dans les bois, libres de tout souci et de toute crainte, que les lettres cidessus furent échangées. Entre les créatures inférieures et deux êtres intelligents , doués de raison et d'une âme immortelle, quelle différence de situation !

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