‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 130 sur 177 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

— Je tâche de remplir mon devoir mieux qu'autre* fois, dit-il en jetant un regard de profonde tristesse et de regret sur la jeune fille qui lui parlait avec abandon et dont tout l'extérieur avait si bonne façon, ce quelque chose d'aisé, de comme il faut, qui frappe tout de suite. Depuis mon départ deCroset, continua- t-il, j'ai eu le temps de faire des réflexions. Aujourd'hui, la vie n'est plus pour moi ce qu'elle était l'année dernière.

— Votre oncle nous a donné une fois de vos nouvelles, et nous a saluées de votre part. Moi aussi, j'ai fait quelques réflexions. Savez- vous qu'on danse demain ? Vous ne venez pourtant pas pour cela ?

— Ah ! certes, non. Et vous, allez-vous danser?

— Non ; vous savez que j'étais décidée à n'y pas retourner, déjà bien avant votre départ de chez nous. Donnez-moi des nouvelles de Coco. Est-il toujours dans la campagne ?

— Sans doute. Il finira ses jours chez M. Jeanrefroid; c'est le meilleur cheval qu'il ait dans son domaine. On le soigne, du reste, comme il le mérite. Adieu, Rosette ; mes compliments à votre mère , si je ne la vois pas demain.

René se remit en marche , harcelé par une pensée qui pouvait se traduire ainsi : « Voilà ce que j'ai perdu par ma faute : fille charmante, position b^Ue et assurée. Il n'a tenu qu'à moi d'être heureux, et j'ai tout sacrifié à mes emportements de caractère , à mes passions! »

En entrant chez son oncle, ce jeune homme au corps de fer, que jamais les durs travaux de la terre n'a-

vaient abattu, fut sur le point de s'évanouir. Il se laissa tomber sur une chaise, sans pouvoir parler. Enfin, des sanglots s'échappèrent de sa poitrine, pendant qu'il faisait sa confession. Tout à coup, les larmes s'arrêtèrent : l'accès était passé. René retrouva son calme, sa voix ferme, sa parole brève, toujours un peu cassante :

— Voilà ce que j'ait fait, mon oncle, dit-il, et oùj'en suis. C'est comme cela , uniquement par ma faute. Mon devoir est tout tracé. J'ai été un grand coupable envers une jeune fille dont la figure m'a séduit ; mais je veux être à son égard un honnête homme et un bon mari, s'il plaît à Dieu. Nous vivrons de notre travail, comme nous le pourrons, sans rien demander à personne. Si le pain est noir nous le savourerons d'autant mieux. Je pourrais sans doute, une fois marié, mettre l'enfant en nourrice ou laisser la mère avec lui chez ses parents ; moi, je continuerais à gagner 600 fr. par année. Jenny pourrait aussi retourner en place ; mais cela ne serait pas bon^ ni pour moi ni pour elle: Mariés, nous devons vivre ensemble. Jenny est trop jeune pour l'exposer à de nouvelles tentations. Si vous pouvez me pardonner le chagrin que je vous cause, aimer aussi un peu ma fiancée malgré ses torts^ et m'approuver dans mon plan de conduite^ je ne demande rien de plus.

Pour toute réponse , Âmy Lorand serra son neveu sur son cœur, ol Dieu ne veut pas la mort du pécheur, dit-il ensuite, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. » Dès demain matin, nous verrons les Gottrau et nous réglerons les choses avec eux.

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