‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 131 sur 177 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

L'oncle fit du thé, alla chercher du vin, de la viande froide et força René à prendre de la nourriture. Quelques bouchées suffirent pour lui ôter la faim, qui pourtant devait se faire sentir.

— Parle-moi un peu de M. Jeanrefroid et de son domaine, dit Amy, afin d'amener une diversion dans les pensées de son neveu.

René raconta ce qu'il faisait à la Crique verte , et comme quoi tout marchait bien sous l'habile et sage direction du propriétaire.

Quand la table fut levée, l'oncle proposa d'aller marcher un peu à l'air frais du soir, par le clair de lune.

— Tout en causant, nous fumerons un cigare ; cela nous fera du bien. Tu n'avais pas l'intention de parler aux Gottrau dès aujourd'hui ?

— Je ferai ce que vous me conseillerez.

Tardive, trop tardive disposition chez le jeune

homme I Âh ! pourquoi la présomption, la haine pour les gens pieux, l'orgueil l'avaient-ils aveuglé !

— Il me semble, reprit Amy, qu'il nous faut y réfléchir encore cette nuit. Demain matin , je ferai demander le père ou la mère, ou j'irai chez eux.

Ils sortirent ensemble. Assis sur un banc devant sa maison, Charles Maubert se leva pour les saluer. Les jeunes gens échangèrent quelques paroles.

— £s-tu venu pour danser demain ? demanda Charles.

— Ah ! mon pauvre ami ! si tu savais ce que je pense de cette infernale danse, tu ne me ferais pas une

pareille question. J'ai pris ces divertissements-là en horreur.

— Etes- vous libre, Charles ? dit Amy. Venez vous promener avec nous autour du village ; cela nous fera plaisir.

— Très volontiers.

Comme autrefois , lorsqu'ils se rendirent au temple à Cressonne , les trois hommes marchaient de front. Amy tenait le milieu du chemin. La position de tous était bien changée maintenant. L'oncle , forcé d'accepter pour son neveu et pour lui-même une grande humiliation; René, prenant la vie avec des sentiments tout nouveaux ; ardent aujourd'hui pour le bien, comme il avait été autrefois ardent à mal faire ; Charles, nourrissant dans son cœur une affection sans but précis , se défiant de lui-môme et pourtant , au fond, très heureux. Tous les trois, à des degrés divers, plus près de Dieu, plus soumis à sa volonté.

Charles essaya une question sur l'opinion nouvelle et bien extraordinaire de René à l'égard des danses.

— Tu as donc bien changé sur ce point ? fit- il.

— Oui, je n'ai que trop de raisons pour cela. — Mon oncle , un de mes anciens torts est aussi d'avoir repoussé l'amitié de Charles. Probablement , il ne connaît rien de ma position actuelle. Si vous le jugez bon, et comme d'ailleurs je suis décidé à ne pas reculer, dites-lui tout d'un temps ce qui me concerne.

Amy prit le bras de son neveu :

— Tu fais bien, dit-il , de parler à cœur ouvert. Tu besoin d'un ami chrétien, et Charles peut l'être. U

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