CHAPITRE XXII
ne parlera pas de tes affaires, avant que le public en soil instruit , et , au besoin , il prendra ta défense. — Vous saurez donc , Charles , que René a commis une feute , considérée comme légère par les gens du monde, mais que nous savons être un grand péché aux yeux de Dieu. Cette faute , il va la réparer prochainement, autant que cela est possible. René compte épouser Jenny Gottrau dans six semaines. Nous vous le disons, avant même d'en avoir parlé aux parents de ma future nièce. Maintenant vous savez tout. Sachez encore, cependant, que René sent le besoin du secours de .Dieu et de son pardon complet. Quand il sera établi ici , aidez-le de votre amitié , et dans les choses où vous pourrez lui être utile.
— Combien tu dois avoir souffert ! dit Charles en prenant la main de René et la serrant cordialement. Dans ce que tu vas faire, on ne peut que t'approuver. Un lâche, qui n'aimerait pas Jenny, l'abandonnerait. Toi, tu n'en as jamais eu la pensée, j'en suis sûr.
— Non, pas même un instant. J'aime véritablement Jenny, surtout depuis que je l'ai rendue malheureuse.
— Ecoute, René, reprit Charles : il me vient une idée. Tu n'as peut-être pas encore choisi ton ami de noces. Je le serai volontiers, si cela peut te faire plaisir.
— Merci ; j'accepte avec reconnaissance, pour Jenny et pour moi.
Ils rentrèrent au village par le sentier dans lequel René conduisit sa danseuse, cinq mois auparavant, entre minuit et deux heures du matin. Le souvenir de
ses égarements lui brûlait le cœur pondant qu'ils y marchaient. Bientôt ils se retrouvèrent devant chez l'oncle, où Charles leur dit adieu.
René dormit d'un sommeil paisible. Dans l'état des choses, il avait fait ce que lui prescrivait le devoir, au milieu d'humiliations volontairement acceptées. Avant tout, c'est ce que Dieu demande: la repentancedu cœur et la ferme volonté de marcher en nouveauté de vie.