CHAPITRE XXIII
— La Banque vaudoise est, dit- on, l'un des placements les plus sûrs, dit Amy.
— Oui, c'est bien ce que M. Alpaca conseille. Il a aussi parlé des obligations de TOuest-Suisse. Que peut-on vous offrir? Il fait déjà si chaud : un verre de sirop de framboises ?
— Bien obligé ; nous n'avons besoin de rien , dit Toncle.
René, peu à peu, se mit à causer. Rosette sut le questionner d'une manière aimable. Son sort étant décidé, il se sentait la conscience plus à l'aise. La pensée de revoir Jenny lesoir même le consolait aussi, malgré tout ce que la maison de M^^^^ Pasche et la présence de Rosette lui rappelaient. Ayant jeté le manche après la cognée, brûlé tous ses vaisseaux, il lui semblait, par moments, que chacun savait où il en était et ce qu'il venait faire à Croset. Gomme on ne dansait pas encore, il laissa son oncle chez }/L^ Pasche, et alla saluer les Belot, avant le retour du père de Jenny, Là, il trouva Villioud, causant avec Comélie et tenant sa main droite entrelacée dans la sienne. Les autres membres de la famille Belot étaient absents.
— Je vous dérange, dit René ; mais je ne veux pas m'arrêter.
— Du tout, mon cher ami, répondit Comélie, tu es toujours le bienvenu. Dégageant sa main pour la présenter à René : Assieds- toi donc, lui dit-elle.
— Ëh bien, dit à son tour Villioud sans se déconcerter, les affaires, comment vont-elles par là-bas d'où tu viens ?
— Très bien^ je te remercie ; il me semble aussi que les tiennes ne vont pas si mal.
— Elles ne pourraient aller mieux, car voilà Cornélie qui me donne sa main, comme tu as pu le penser. Nous nous marierons sans trop tarder, avant les ardeurs de la canicule. N'est-ce pas, ma toute belle chérie, c'est arrangé comme cela ?
— On dit qu'oui, fit Gornélie en riant.
— Je vous félicite sincèrement, dit René, et je fais des vœux pour votre bonheur.
— Comment ne serait-on pas heureux avec une personne qui a des yeux pareils? ditVillioud. Tu viendras à la noce, Lorand, c'est entendu.
— Merci; je ne puis obtenir facilement un congé.
— Eh bien, on le prend, si on ne peut l'avoir autrement.
— Non, ce n'est pas ma manière d'agir.
— Avec qui danses-tu aujourd'hui, René? demanda Gornélie. Rosette est devenue tellement drôle avec ses nouvelles idées, tellement sérieuse, qu'on n'y comprend plus rien. Elle t'a dit, sans doute, qu'elle ne danse plus.
— Elle me l'avait annoncé il y a longtemps.
— Avec qui vas-tu donc ?
— Avec personne. La danse a fini aussi pour moi.
— Ah I pour celle-ci, elle est bonne ! Toi, René, tu ferais cela ?
— Oui, certainement ; j'ai autre chose à faire qu'à danser.
— Tiens, comme il est devenu sérieux, le cher