‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 139 sur 177 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

homme I Ces gens de par là-bas t'ont converti. Ce M. Jeanrefroid est-il ministre ?

— Non. Cependant il fait un culte chez lui, le dimanche au soir, pour sa famille et ses domestiques.

— Et tu vas l'entendre ?

— Sans doute. Il ne nous dit jamais que de bonnes

choses.

— Nom de ma vie ! tu en tiens, mon cher ami, je te dis que tu en tiens. Léon, il nous faut le ramener à des idées plus humaines. René, tu vas venir danser une bonne valse avec moi ; tu ne peux pas me refuser cela, c'est impossible.

— Merci, Comélie. Le temps passé n'est plus. Je t'en dirai, ou tu en sauras davantage dans peu de temps. Adieu. Bien du bonheur I

Une autre conversation avait lieu en même temps chez M™* Pasche.

— René a bien changé à son avantage, disait la veuve ; ne le trouvez-vous pas aussi ?

— Oui ; il y a certainement un beau travail de conscience chez lui dans ce moment.

— Je ne puis m'empécher parfois de regretter qu'il se soit tourné d'un autre côté, dit-elle aussi.

— Nous pouvons, en effet, le regretter; mais, pour couper court à toute supposition qui ne serait pas juste, je dois vous dire , avec un grand chagrin , que René épousera Jenny ijrottrau dans six semaines.

— Jenny I mais, monsieur Amy, pourquoi donc Jenny ? dit M"« Pasche, sans réfléchir à la portée de sa question.

— Parce qu'il le faut et que c'est son devoir, répondit ronde. Seulement, vous n'en parlerez pas avant huit jours.

I^me Pasche joignit les mains et leva les yeux au ciel ; Rosette se tourna vers la fenêtre.

Jenny arriva comme la nuit tombait. Sa mère lui fit d'abord de sanglants reproches sur ce qu'elle appela avec raison son infâme conduite. Jenny ne chercha point à s'excuser. Elle mourait du désir de revoir René. Celui-ci vint enfin. Il embrassa Jenny sur le front, en présence de ses parents, et garda silencieusement sa main dans la sienne. A son tour il entendit de dures paroles de la mère, et n'y répondit que par ces mots :

— C'est vrai, j'ai eu tort. Puis il ajouta immédiatement : Jenny, allons chez mon oncle , il nous attend.

René lui offrit son bras avec une protection affectueuse et touchante. Vraiment, la conscience lui faisait comprendre des choses étonnantes.

— Voici Jenny, dit-il en entrant : nous venons ensemble vous prier de nous pardonner.

— Je vous pardonne, en effet, dit-il, le grand chagrin que vous me causez tous deux. Demandez à Dieu^'ôter la peine de votre péché ; lui seul peut le faire. Quant à moi, je vous aimerai bien, Jenny, si vous êtes une bonne femme, soumise à votre mari et attachée à tous vos devoirs.

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