‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 140 sur 177 · MADAME ALPAGA, LA MÈRE · texte numérisé non relu

MADAME ALPAGA, LA MÈRE

Lorsque les promesses de mariage furent signées chez le pasteur, en présence des parents qui autorisaient leur fille mineure, René et Jenny prirent ensemble le chemin de la gare, où deux trains se croisaient à peu près à la même heure. C'était encore dans la matinée. Jenny avait une lettre de sa mère pour sa maîtresse, à qui Ton annonçait qu'elle quitterait la maison dans un mois.

€ Ma fille ayant trouvé une bonne occasion de s'établir dans notre village, disait cette lettre, nous avons donné notre consentement. Si ma seconde, qui va communier à Pentecôte, pouvait convenir à madame^ je la lui confierais avec plaisir. Elle est mômement plus grande que Jenny, forte, douce et intelligente. Je salue bien madame avec respect.

» Anne-Marie Gottrau, née Ronzier. »

Les fiancés revinrent donc seuls au chemin de fer, marchant l'un à côté de l'autre, se donnant tantôt le bras, tantôt la main seulement. René aurait bien pu soutenir sa compagne par la taille , il en avait toute la liberté , mais il ne le fit point, soit par simple regret du passé, soit par délicatesse et respect envers celle qu'il avait offensée. Dans ce cœur fier et dur, dans cette âme si naturellement hautaine et personnelle, la repentance du mal commis avait amassé des charbons ardents qui préparaient une œuvre de purification. Tant que René en subirait l'action directe et puissante, cela irait bien pour lui; cela irait mieux encore, lorsque la foi au Sauveur, lorsque l'acceptation complète de sa justice, enlèverait le poids du péché qui parfois l'écrasait. Dans le réveil religieux de notre époque, on a trop oublié que le premier mot de l'Evangile est celui de repentance. René passait par ce chemin du remords et de la sainte frayeur, dans lequel tout chrétien doit marcher une fois ici-bas. L'œuvre de Dieu en lui n'en était que mieux préparée. On peut être léger de cœur, môme en suivant Jésus avec la foule des disciples. D faut qu'il soit pour nous infiniment plus que la beauté suprôme. Une contemplation poétique de sa personne et de ses discours ne peut ni donner la paix, ni nourrir l'âme affamée. Toujours il vient un moment où le fer et le feu du péché nous transpercent et nous brûlent, si nous n'avons pas trouvé Christ, mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification.

Sans comprendre au même point ce qu'est le mal,

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