‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 14 sur 177 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dans une heure, il comptait repartir avec le dernier chargement. Voici le contenu de la lettre.

• Accy-Ia Fontaine (Var), ce 15 octobre 186....

» Mon cher neveu, y> Quand tu recevras ces lignes, je serai bien près d'arriver au pays, car j'espère être à Groset lundi prochain dans l'après-midi. Nous avons perdu mon cher et vénéré maître, avec lequel j'ai passé tant d'années. Je me sens trop âgé pour entrer dans une autre maison, et d'ailleurs j'ai plus qu'il ne me faut pour suffire à mes besoins. Mon intention est de m'établir à Groset, et d'y finir mes jours. J'espère ainsi te voir souvent. Tu es placé chez des personnes bien respectables ; fais ton possible pour y rester longtemps et gagner l'estime et l'afiection de tes maîtres. Rappelle -toi qu'on n'est heureux qu'en obéissant à Dieu et en l'aimant. Défie-toi des passions de la jeunesse. Jésus- Christ est notre modèle pour tout. Je t'embrasse, mon cher neveu. Ton oncle affectionné,

» Amy-Frédéric Lorand. i>

— Quelle bonne lettre 1 dit la veuve. Si René veut suivre les conseils de son oncle, il sera certainement heureux. Sans doute, il lui laissera tout ce qu'il a gagné. On dit qu'il possède une jolie fortune. Je t'assure qu'il ne faut pas trop repousser René, si d'ailleurs il se conduit bien. Lui as-tu dit quelque chose depuis hier? il ne t'a pas tutoyée pendant le dîner.

— Oui, nous avons eu une explication à son retour aujourd'hui ; c'est moi qui lui ai demandé de cesser un

tutoiement qui me gêne. Cela est préférable, de toutes manières, surtout quand nous avons quelqu'un à la maison.

 la rue, on entendait René qui mettait déjà le banc rembourré du petit char en avant de la futaille, afin d'avoir une place à offrir à son oncle, dans le cas où il le trouverait à la ville. Mais pour ce détail de peu d'importance à ses yeux, il n'eut pas l'idée de demander une permission à M*»« Pasche. En beaucoup de choses, il agissait de sa propre autorité, comme si une femme n'avait pas les mêmes droits à être consultée quand elle est maîtresse, que lorsque c'est un homme qui commande dans la maison. On voyait très bien, à l'air plus assuré de René, que la lettre de son oncle flattait sa vanité. Au lieu de rentrer en lui-même et de s'approcher de Dieu , il s'appuyait sur la position matérielle d'un parent qui le traitait avec bonté et le considérait comme devant être son héritier. S'il crut par là gagner quelque chose dans l'estime de Rosette, il se trompa ; elle vit, au contraire, que René l'avait peu comprise, lorsqu'elle s'était si franchement expliquée avec lui, une heure auparavant. Sa mère entra mieux dans les vues du jeune homme, en pensant que la présence de son oncle au village, l'engagerait à se tenir sur ses gardes et à se bien conduire, afin de se faire une bonne position.

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